samedi 23 juin 2012

Classé X


Jess X 


Les histoires de Jess X (aperçu dans Canarchy) sont ultra-violentes, punk, trash, hard, crades, sataniques, porno, scato, nécrophiles. Bref, il y en a pour tous les goûts ; pourtant je doute que cela plaise au plus grand nombre...


Suck Machine, édité par Sombrebizarre, reprend six petites nouvelles parues, si j'en crois le blogue de l'auteur, dans différents fanzines (Punk, My way et Speedball). Jess X y décrit un monde pourri, sans espoir, infecté par les virus et lobotomisé par TF1.
 Ça ne se passe pas dans le futur sur je ne sais quelle planète lointaine mais ici, près de chez vous, au début du XXIe siècle... Le cauchemar a déjà commencé.


C'est d'autant plus plaisant à lire que le trait de Monsieur X s'affirme au fil des pages. On peut aussi se rendre compte de sa progression graphique et de son humour caustique en parcourant les splendides strips acidulés postés sur son blogue.

Des images de toute Bodé.

Comme on dit sur TF1 : "pour public averti".


lundi 18 juin 2012

Le Canard déchaîné


A l'instar de Donald Duck, Canarchy, le canard anar à lunettes de Gomé a hérité d'un tempérament soupe-au-lait. Mais contrairement à son lointain cousin étasunien, ce n'est pas en vitupérant que Canarchy passe ses nerfs, mais en flinguant, tronçonnant, tranchant, explosant, grillant -j'en passe et des meilleures- les impertinents qui oseraient lui suggérer leurs bonnes manières. C'est très con, mais surtout très drôle et en cette période de politiquement correct, ça défoule !


Ces strips, parus à l'origine dans Le Monde libertaire ont donc été compilés l'an dernier dans un petit album de 34 pages à l'italienne, numéroté à deux cents exemplaires, par Bunker Komics Produktions, un éditeur associatif spécialisé dans la sérigraphie dont "l'univers gravite autour du rock et de la BD" et qui édite de splendides affiches de Beltran, Bouzard, Cha, Cromwell, Lehmann, Tanxxx... , des pochettes de disques et même, si je ne dis pas de conneries, des vinyls.


 Duck's not dead ! est également imprimé en sérigraphie avec un rouge-hémoglobine du plus bel effet. Pour fêter ça, Gomé a convié neuf de ses potes à donner leur version illustrée du palmipède et le bouquin est de surcroît enrichi d'un pop-up : pour dix euros, c'est donné !


 Rappelons que Gomé, qui est par ailleurs percussionniste dans un groupe de rock (The Beam) et qu'on a -je crois- aperçu dans La Balise à cartoons il y a quelques années ('faudrait que je remonte mes Spirou de la cave) commet, dans le même style Hanna-Barberesque, les strips de Bébert, l'♠s du hold-up dans les pages de Chéribibi, le magazine ivryen de la culture populaire.

Comme dirait l'autre : "Quand Canarchy fâché, lui toujours faire ainsi".

vendredi 15 juin 2012

Dernières BD avant l'Elbe

Beatcomix est une petite maison d'édition fondée à Dresde en 2008 par deux auteurs : Ivo Kircheis (né en 1966) et Marian Schönfeld, alias Mamei (né en 1970 à Dresde) qui étaient présents au salon Bulles Zik le week-end dernier. Comme les lecteurs de bandes dessinées dresdois ne semblent pas courir les rues et que les éditeurs franco-belges les ont ignorés jusqu'à présent, nos deux Saxons ont décidé de se prendre en main et de publier eux-même certains de leurs albums en français (ainsi qu'en anglais).


Deux albums sont pour l'heure parus dans notre langue : Rocket blues - Hareng salé ou hareng mariné et Dave Grigger - L'Hékau, l'histoire d'un colossal fossoyeur et d'une belle gitane, aux prises avec leurs démons.


Si cette sombre histoire de magie noire, due à l'imagination de Mamei, n'est pas toujours très claire, l'ambiance morbide et crépusculaire est en revanche digne des meilleurs films de Tim Burton. La scène onirique de la planche 40 est splendide, les noirs sont bien profonds, le lettrage agréable..., dommage que quelques coquilles, dans les toutes dernières pages, entâchent le résultat. Le dessin à quatre mains -Mamei se chargeant des crayonnés et Kircheis de l'encrage- , archi-hachuré, rappelle quant-à-lui le temps béni des comics underground de Crumb, Emerson (Firkin) et surtout Shelton (The Freak brothers), référence revendiquée par nos auteurs en Elbe. 
J'aurais bien tenté une ultime comparaison avec les gravures du mouvement Die Brücke, mais elle serait très audacieuse et même un peu casse-gueule d'après madame Totoche.


Bref, Kircheis et Mamei : deux auteurs talentueux, unis comme les Dresdois de la main, à découvrir d'urgence en commandant leurs bouquins sur le site de Beatcomix (ou en se rendant au festival de Strasbourg ce week-end).