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samedi 5 janvier 2013

Nous n'irons plus aux champignons


Keiji Nakazawa est décédé le 19 décembre 2012. Il était à Hiroshima le 6 août 1945, le jour où, âgé de six ans, il allait perdre son père, sa sœur et son petit frère.



Devenu mangaka, il racontera son expérience dans plusieurs récits à partir de 1968 avant d'attaquer en 1973 son œuvre culte, Hadashi no Gen qui sera adapté au cinéma, en série animée et même en comédie musicale.



Ce n'est qu'en 1983 que les Humanos, puis Albin Michel commenceront à publier Gen d'Hiroshima, un des tous premiers mangas traduits en français. Mais le dessin est âpre en plus d'être en noir et blanc et le format et la narration trop inhabituels pour le lecteur franco-belge : c'est le bide. Il faudra attendre la déferlante des mangas pour que le dernier volume soit enfin édité en 2007 par Vertige Graphic.

Biographie complète dans Animeland HS 5

Si son nom ne vous dit rien, sachez qu'il est une référence pour des gens au goûts raffinés tels Spiegelman (qui a préfacé Gen), Willem et même Hobopok.

Willem in Libération (6/11/89)

 L’œuvre de Nakazawa rayonnera encore longtemps de par le monde et son nom mériterait vraiment d'être aussi connu que celui de ses illustres compatriotes Miyazaki, Otomo et Tezuka.


mardi 11 décembre 2012

Rillons un peu

Stéphane Jarno in Télérama n°3282 (08/12/12)

 Autant le Trou bleu de Yukinobu Hoshino me rappelle vaguement un des tous premiers mangas édités par Casterman, autant le nom de "Paul Guillon" ne me dit rien du tout... "Billon", "Dillon" : O.K, mais "Guillon" ??? Alors : encore un trou ? Un dessinateur inconnu des encyclopédies ? Une bête coquille (le journaliste aurait simplement confondu avec Stéphane Guillon, le fameux humoriste) ?
 Les indices sont plutôt maigres mais le Plan B(d) ne manquera pas de vous informer de l'avancée de l’enquête.
 Sale affaire.
Prillons ?

samedi 25 août 2012

Ecoillogique


L'affiche de Paris Quartier d'été 2012 qui a illuminé les murs de la capitale cet été m'aura permis de découvrir les travaux de Tatsuro Kiuchi, un illustrateur japonais né à Tokyo en 1966, mais formé à l'Art College Center de Pasadena, en Californie.
Un grand nombre de ses illustrations sont à découvrir sur son site et sur son blogue.




Le man-gars-ka a également signé un joli petit strip écologico-absurde et recyclable dont l'héroïne n'est autre que notre petite planète bleue. On peut en lire de larges extraits ici.

The Earthling,
 Tatsuro Kiuchi,
Shinchosa publishing


lundi 2 juillet 2012

Pomme mécanique

C'est en essayant d'en savoir plus sur Gotye, l'auteur du tube Somebody that I used to know (en duo avec la Néo-Zélandaise Kimbra dans ce clip en stop-motion) que j'ai découvert le travail des Australiens Ari Gibson et Jason Pamment, du studio d'animation Mechanical apple basé à Adélaïde.
Si l'influence de Miyazaki est indéniable sur le clip de Bronte, autre composition du chanteur belgo-australien,
Sometimes the stars, réalisé pour un autre groupe australien, The Audreys, présente de plus une agréable tonalité burtonienne. Il m'a également fait penser au joli manga Le Cheminot de Jiro Asada et Takumi Nagayasu, paru en 2001 aux éditions Génération comics/Panini.

samedi 22 octobre 2011

Quartier Eastern

(un billet de Marine)


 La dernière fois que j'ai essayé de faire découvrir Taniguchi à quelqu'un, c'était il y a quelques années, à la secrétaire de mon patron. Cette jeune personne m'avait ému en me racontant son enfance douloureuse qui présentait quelques points communs avec Quartier lointain qui était paru chez Casterman en 2002-2003. Aussi avais-je eu l'idée de lui offrir, à l'occasion de son anniversaire, le premier volume du manga. Peut-être cette histoire l'aiderait-elle à trouver quelques réponses aux questions qui la taraudaient toujours ? Ou tout simplement se mettrait-elle à apprécier la BD.

Quartier lointain - tome 2
(quatrième de couverture)
Jirō Taniguchi 
Casterman- 2003

N'ayant pas de retour au bout de plusieurs semaines, craignant d'avoir gaffé, je finis par aller lui demander ce qu'elle en avait pensé.
Elle me répondit que ça lui avait "pris grave la tête", qu'elle n'avait rien compris et qu'elle en avait arrêté la lecture au bout de quatre pages...
L'année d'après, je lui offris le premier tome des Blondes dont elle possède aujourd'hui la collection complète.

 Après ce fiasco, j'ai donc jugé plus prudent de laisser à Marine le soin de nous parler de l'adaptation théâtrale de Quartier lointain qui se joue actuellement à Paris : 



Quartier lointain, mise en scène Dorian Rossel, théâtre Monfort, Paris XVe, jusqu'au 29 octobre 2011.


 Jirō Taniguchi a ce pouvoir propre de faire évader son lecteur sur son île japonaise, emporté par ses souvenirs, ses paysages bucoliques, sa modernité urbaine, son réseau de transports qui agissent en métaphore du tourment intime. Les premières planches de son Quartier lointain ne disent pas autre chose que la mélancolie d’un homme arrivé, architecte, marié et père de deux filles, quarante-huit ans de vie derrière lui et tant de souvenirs lestés sur un quai de gare. Après une soirée arrosée d’alcool, il se retrouve projeté dans son village d’enfance, revenu en arrière dans le temps, dans la peau d’un adolescent de quatorze ans à la recherche de ses souvenirs.

Aujourd’hui, Quartier lointain est adapté à la scène et prend vie sous l’énergie d’une troupe d’acteurs sautillant, se partageant les rôles - garçon, fille, grand-mère, parents, instituteur et même chien. Dorian Rossel, metteur en scène de cette adaptation théâtrale, met à l’épreuve la verticalité du manga et la multidimensionnalité du théâtre. La scénographie exploite ainsi tous les angles du récit, laissant les personnages rouler, courir, s’étreindre sur la scène face au public. Et remisant au fond l’intérieur coloré et vif, fait de panneaux et d’escaliers, de bancs et de chambre à coucher.

De fait, la mise en scène de ce « manga intellectuel de référence », autobiographique par bien des aspects, relatant les souvenirs d’enfance de Taniguchi à Tottori, oscille entre rôles redistribués à chaque scène où plusieurs acteurs interprètent le héros, et personnages récurrents qui articulent le récit.

Le récit, c’est celui d’un été, celui d’un adolescent, cet homme du début, un architecte disons-nous, dont les souvenirs évoluent en deux et trois dimensions, à la verticale et à l'horizontale, dans un décor qui se joue de l’espace scénique. Au fond, le foyer, l’intérieur domestique, l’hôpital. Au devant, la cour d’école, le quai de gare, la prairie, le champ de bataille. Là, le tout juste adolescent revit, avec la sagesse d’un homme, ces quelques jours où il chercha à empêcher son père de les quitter, sa sœur, sa mère et lui, pour un ailleurs inconnu.
On est emporté dans l’évocation rythmée de cet été de promenades, jeux d’enfants, conversations avec les adultes, émotions amoureuses. Trouvailles scéniques, accessoires, costumes et panneaux mobiles confèrent à l’action une vraie pétulance. L’enthousiasme des acteurs est tempéré par les questionnements plus existentiels du héros qui cherche des réponses à la fuite de son père. Et l’émotion affleure dans les gestes de la grand-mère déroulant un fil de souvenirs lointains ou dans l’ultime face à face avec le père. Si la figure du père, froide et impénétrable, statique en opposition aux silhouettes souples des autres personnages, pétri de doute, échoue à apporter des réponses à l’homme-adolescent, c’est aussi parce que la quête de sa propre histoire se heurte souvent à l’irrationnel.

La musique poétique, les chants légers comme des cerisiers en fleurs bercés par la brise, les couleurs éclatantes et les motifs psychédéliques participent enfin d’un univers tour à tour drôle, tendre, cruel parfois, grave aussi. Nul doute que l’expérience de ce retour en arrière, bond dans le temps, nourrira les choix de cet architecte adulte, confronté à sa vie aujourd’hui et à venir.


M.J.



samedi 7 août 2010

Heidi (Haïda ?)


Heidi e altri flash
Corrado Mastantuono
Coniglio editore, 2008


La parution chez l'éditeur Vittorio Pavesio d'un Art of Corrado Mastantuono -déjà évoquée sur le site BD Zoom- me donne enfin l'occasion de torcher une notule sur Heidi e altri Flash, un précédent recueil de dessins de ce dessinateur italien, que Coniglio editore (à qui l'on doit entre autres les revues ANIMALs et Touch) a eu la gentillesse d'envoyer à notre rédaction il y a quelques mois.

Comme nous l'avions rappelé il y a quelques temps, Corrado Mastantuono -essentiellement connu en France pour ses histoires de Mickey et la trilogie réaliste Elias le Maudit écrite par Sylviane Corgiat- est (comme Danier) un de ces "dessinateurs-caméléons", capable de s'adapter aux styles les plus divers, dont nous raffolons au Plan B(d).

Forcément, avec ses influences variées, multiples et internationales à faire dresser les cheveux sur n'importe quelle tête normalement constituée de l'Hydre de L'Association, Mastantuono est un un Plan B(d) à lui tout seul !
Ainsi, parmi les modèles qu'il revendique ouvertement sur son site, je me suis à relever non seulement les noms de quelques-uns de ses compatriotes "à gros nez" comme Giorgio Cavazzano, Giovan Battista Carpi, Romano Scarpa, Silver (Lupo Alberto) et Benito Jacovitti, mais également ceux d'auteurs réalistes tels Magnus, Ivo Milazzo (Ken Parker), Milo Manara, Andrea Pazienza ou encore Sergio Toppi.
Les Franco-Belges sont bien sûr représentés par André Franquin, Albert Uderzo et Jean Giraud/Mœbius mais également par des artistes auxquels je n'aurais pas forcément pensé comme Nicolas De Crécy ou Jean-Jacques Sempé.
Côté Espagne, on n'est pas étonné de retrouver Jordi Bernet mais Mastantuono n'oublie pas non plus Alfonso Font, José Ortiz ni Victor de la Fuente (récemment disparu).
Il cite enfin plusieurs auteurs sud-américains tels Quino, Carlos Nine, Alberto Breccia, Domingo Mandrafina ainsi que l'Étasunien John Romita Sr.

Disponible depuis 2008 et préfacé par le scénariste Tito Faraci (co-scénariste, avec Francesco Artibani, de l'excellent épisode Mickey et le Fleuve du Temps), Heidi e altri Flash (injustement oublié dans le billet de BD Zoom) est donc (Donald ?) un petit livre -au format comics-, broché, qui complètera sans redonder la lecture de l'Art of précédemment cité.
Le recueil de Coniglio editore permettra effectivement d'apprécier, sur un peu moins de cent pages et au travers d'une sélection, aussi bien en noir et blanc qu'en couleurs (à priori directes), d'illustrations, de strips, de courtes bandes et de cartoons réalisés pour le quotidien L'Unione Sarda, les styles humoristique et semi-réaliste adoptés par Mastantuono après qu'il eut finit de digérer toutes ces influences et quand celui-ci, ne travaillant ni pour Disney, ni pour Bonelli, peut enfin se lâcher !


The Art of Corrado Mastantuono
Corrado Mastantuono
Vittorio Pavesio, 2010


******
Bonus :
Le saviez-vous ?
Bien avant la fondation du studio Ghibli, Isao Takahata et Hayao Miyazaki firent leurs premières armes sur la série animée Heidi !

dimanche 12 avril 2009

La BD aux oubliettes

J'ai longuement hésité à parler de l'exposition "Le petit dessein" que le musée du Louvre consacre à la Bande Dessinée jusqu'à demain, lundi 13 avril 2009, et pour laquelle il m'a gentiment été envoyée une invitation (je remercie au passage la sympathique personne anonyme qui m'a adressé ce courrier).


"Le petit dessein"... rien que le nom m'amuse ! On aurait difficilement pu trouver un titre plus méprisant pour parler de la Bande Dessinée...
M'enfin, les "historiens" du neuvième art seront priés de retenir de cet évènement l'entrée officielle de la BD dans ce musée pour ce qui n'est en fait qu'une banale opération marketing destinée à faire un peu de peu de pub à la collection d'albums réalisés en partenariat avec les éditions Futuropolis.

Les travaux des cinq auteurs ayant collaboré au projet sont donc exposés -à l'écart des autres œuvres du musée, rassurez-vous- dans une obscure salle perdue au fond d'un couloir dans les douves du château (lieu habituel des expositions contemporaines depuis 1860 d'après ActuaBD, ouf on respire). Non, je ne déconne pas, le Louvre a bel et bien mis la Bande Dessinée aux oubliettes ! Bon, c'est fait avec luxe, les planches sont accrochées dans des beaux cadres en bois eux-mêmes cloués sur un mur bien peint. Avec une chouette biographie de chacun des dessinateurs à côté. Même. Mais ne demandez pas à un gardien, une caissière ou un vigile de vous indiquer où se trouve l'expo, personne n'est au courant !


On découvre donc stupéfait que les planches en noir et blanc du Sous-sols du Révolu de Marc-Antoine Mathieu sont bien aussi en noir et blanc en vrai, que la palette graphique de Bernar (sic) Y(re-sic)slaire dessine toute seule, c'est trop génial ! (ah non, on me dit que c'est enregistré). Les impressions (laser ?) d'Éric Liberge sont super bien imprimées, c'est quoi comme imprimante ? Bon, c'est vrai, les couleurs du Période glaciaire de Nicolas de Crécy sont 'achement balèzes, 'm'étonnerait qu'elles soient aussi belles dans l'album.
Le plus surprenant, c'était encore les planches (deux) du mangaka Hirohiko Arahi, dont je n'imaginais pas le format. Ouaouh, comment il font rentrer ça dans un manga tout ch'tit comme ça ?

Hirohiko Araki
Rohan au Louvre (titre provisoire)
Proposition de couverture
Encre de Chine et gouache
© Lucky Land Communications / Shueisha Inc.


Voilà.
C'est tout ?
Ben oui.
À voir donc, mais vraiment uniquement si vous passez par le Louvre demain.

Le dossier de presse.

dimanche 22 mars 2009

Blanco et papier calque


Je suis impressionné par l'extraordinaire mémoire visuelle d'Elouarn Blade, le tenancier du blog Clin d'oeil et bandes dessinées, qui y dissèque, image par image, de manière obsessionnelle, tous ses albums à la recherche de la moindre référence au "neuvième art".

Il s'agit la plupart du temps d'hommages plutôt gentillets entre confrères dessinateurs. Certains sont néanmoins plus caustiques, comme ce Spirou de Schwartz et Yann qui envoie valdinguer (pour la plus grande joie de notre blogueur) l'héroïne du Vol du Corbeau de Gibrat dans le décor.

Plus rarement, Elouarn, qui soit dit en passant ne mâche pas ses mots, nous sort un beau gros cas de plagiat. Ce fut le cas en janvier dernier avec ces images tirées du manga Blanco, par Jirō Taniguchi, récemment réédité par Casterman et directement tirée des Enquêtes de...

(à gauche : l'original, à droite : la copie)

(idem)

... Sam Pezzo par l'Italien Vittorio Giardino !

Comme ma mémoire à moi fonctionne également encore un petit peu, cela m'a tout de suite rappelé ceci :




Alors ??? Qui reconnaitra l'album (image du bas) où a été décalquée l'image du haut, tirée du premier tome du Chien Blanco, paru en 1996 ?

La réponse se trouve dans le n°14 d'Auracan (septembre-octobre 1996), mais n'en profitez pas pour tricher !


L'Homme qui marche et Quartier lointain font néanmoins partie des plus belles histoires en Bandes Dessinées que je connaisse, que cela ne vous décourage pas de les lire.

Réponse :

Bravo David. Ta mémoire visuelle n'a rien à envier à celle d'Elouarn.
Il s'agit bien du Port des Fous, le 13e tome de la série Bernard Prince. C'est le dernier de la série dessiné par Hermann. Je ne sais pas si cela consolera Giardino (qui signale par ailleurs de nombreux autres emprunts dans ce manga).
Tu ne gagnes rien (même pas mon estime que tu avais déjà).
... "Avec le lettrage"... Tssss... Et les yeux fermés ?

samedi 3 janvier 2009

La palette thermique de Kazuo Iwamura


Brrrrr... Ça pèle, ces jours-ci !...
Vraiment pas le temps à pointer le bout de son museau dehors.

L'hiver de la famille Souris - Kazuo Iwamura - L'école des loisirs

Alors on reste près de la cheminée avec une tasse de thé vert ou un verre de saké chaud (on peut aussi), afin de se mettre dans l'ambiance, et on lit des histoires aux petit(e)s.

La famille Souris dîne au clair de Lune - Kazuo Iwamura - L'école des loisirs

Je craque pour les délicates illustrations du Japonais Kazuo Iwamura dont la palette de couleur n'a rien à envier aux thermomètres les plus précis pour rendre compte de la rigueur de l'hiver, de la douceur de l'automne ou d'une nuit d'été, ou bien de la chaleur du doux foyer de la Famille Souris.

La fête d'automne de la famille Souris - Kazuo Iwamura - L'école des loisirs

La fête d'automne de la famille Souris
, qui est mon préféré, est un régal pour les yeux...

mardi 7 octobre 2008

La Coccinelle... à Tokyo


Je m'intéresse tellement à l'actualité en ce moment que je viens seulement de m'apercevoir que c'est en ce moment que se déroule le Salon (on dit le "Mondial" maintenant ?) de l'Automobile à la Porte de Versailles (Paris).
Ouais... Bof, je sais... J'ai une excuse : c'est la saison des marronniers ...
Et puis, personnellement, mon truc, ce serait plutôt le salon Rétromobile (qui est prévu en février) : tous les vieux croûtons vous le diront, les bagnoles d'antan, ça tuait au moins autant de gens et ça polluait encore plus, mais au moins, ça avait de la gueule !


Parmi les nostalgiques de ces vieux amas de tôle, on compte également, si l'on en croit leur "Chotto Furukute Ii Kuruma Nya Norazu Ni Irarenai !", les Japonais Dave Shigihara ("David Canard Cru" si j'en crois Google Translation !) et Katsuya Terada (oui, oui, on parle bien du même : l'auteur de "Rakuda Ga Warau" et de "Saiyukiden", bien connu dans le monde de l'animation pour avoir travaillé comme character designer sur "Blood : The Last Vampire".


Ce curieux manga en moyen format (18.5 x 24.5 cm), paru en 1994 chez l'éditeur japonais Sekaibunkashiya, dont le sous-titre anglais est "CarEx (nom d'une revue automobile ?) Comic Car Impression" est en fait une compilation de petites chroniques automobiles, traitées sur un mode humoristique et auto-dérisoire (les deux auteurs étant souvent confrontés aux tracas mécaniques des épaves roulantes qu'ils sont censés tester) que n'aurait pas renié le regretté Starter de Jidéhem. Chaque chapitre se termine par une superbe petite vignette muette, rendant hommage à la marque dont il est question.

Mais... C'est la 4L de Maman !

De la Lotus Elan S1 à la Triumph TR3A, en passant par la 2cv Citroën, la Honda S800 (celle de Spirou et l'Abbaye truquée !), la Renault 4 ou bien encore la Ford Mustang 65, ce sont en tout en tout une vingtaine de modèles plus ou moins prestigieux et réputés (on se demande où ils sont allés trouver une CX au Japon !) qui sont passés au crible par les deux compères tout au long de ces 188 pages. (Et non, il n'y a pas la 403 Peugeot, Hobopok : quel regret... )


Je ne sais pas si ce guide vous sera très utile pour l'achat de votre prochain véhicule, mais ce sera incontestablement l'occasion de découvrir une nouvelle facette du talent de Katsuya Terada... enfin, quand vous mettrez la main dessus, parce qu'apparemment, il ne court pas les rayons des libraires...

Sur ce... Bonne route !

dimanche 13 juillet 2008

Il faut sauver Totoro


La forêt de Sayama, où vit Totoro, est aujourd'hui menacée.
Ce sanctuaire de 3541 hectares, situé dans la banlieue de Tokyo, habitée depuis le paléolithique comme en témoignent ses 235 sites archéologiques, et qui abrite 1400 types de fougères, 19 mammifères, plus de 200 espèces d'oiseaux, plus de 2500 types d'insectes, des batraciens et autres reptiles est en effet petit à petit grignotée, depuis les années 70, par l'inexorable expansion de la métropole.

Benjamin Plouffe

En 1990, le réalisateur Hayao Miyazaki (futur oscarisé en 2003 pour "Le voyage de Chihiro") décide donc de créer la Totoro no Furusato Forest Foundation afin d'essayer de sauver cette forêt qui lui inspira son film "Mon voisin Totoro", deux ans auparavant.
La fondation compte actuellement environ 1500 membres et à déjà permis de récolter 3 millions de dollars.

Scott Morse

Pour tenter de récolter de nouveaux fonds, Daisuke Dice Tsutsumi et Enrico Casarosa ont demandé à plus de 200 artistes internationaux, venus du dessin animé, de l'illustration et de la bande dessinée, de donner leur propre vision du monde de Totoro.
Les illustrations, spécialement créées pour l'occasion, seront réunies dans un luxueux catalogue et donneront lieu à une exposition-vente au Cartoon Art Museum de San Francisco du 20 septembre au 7 décembre 2008, qui se clôturera par une soirée de gala réunissant auteurs et collectionneurs aux studios Pixar d'Emeryville.
L'ensemble des bénéfices devra ainsi être reversé à la Totoro no Furusato Forest Foundation.

Bill Presing

En attendant de pouvoir avoir la joie de déguster une coupe de Champagne en votre compagnie à cette soirée (j'ai déjà commandé mon smoking) , je vous propose d'aller admirer les divers travaux de ces artistes sur le site du Totoro Forest Project, où certains noms ne m'étaient certes pas inconnus (Scott Morse, Bill Presing, Alexandre Puvilland, Peter de Sève, Ashley Wood ...) , mais où j'ai surtout pu découvrir de nombreux talents (Enrico Casarosa, Tang Keng Heng, Benjamin Plouffe, Daisuke Dice Tsutsumi ...) .


lundi 30 juin 2008

Le vieux fou et son dessin


Connaissez-vous le point commun entre Katsukawa Shunrô, Tawaraya Sôri, Hokusai Tokimasa, Gakyôjin Hokusai, Taito, Iitsu, Manji (Tiens ! Encore un svastika échappé du billet précédent ?) Gakyôrojin, et Shinshoku Gankô ?
Oui ?
Evidemment, j'aurais dû m'en douter, avec des lecteurs aussi cultivés que vous ...
Bref, je passe encore pour un gros naze, puisqu'apparemment, il n'y avait encore que moi pour ignorer que sous ces délicieux patronymes à donner la chair de poule à un orthophoniste fraîchement diplômé, se cachait le fameux Katsuika Hokusai (1760-1849), figure emblématique de l'estampe japonaise dans l'imaginaire occidental.


Heureusement, le Musée Guimet est là pour décrasser mon inculture avec cette très belle exposition intitulée "HOKUSAI "l'affolé de son art" d'Edmond de Goncourt à Norbert Lagane", ouverte jusqu'au 4 août 2008.


Il serait dommage de ne pas en profiter lors de votre prochain passage dans la capitale, d'autant plus que l'entrée du musée est désormais gratuite.


J'apprécie l'auteur des "Cent vues du mont Fuji" non seulement pour ses merveilleuses "images du monde flottant", (ukiyo-e), qui nous parlent de choses et de gens "simples", mais aussi pour son exceptionnelle ouverture d'esprit qui lui a permis d'être LE lien entre les cultures nippone et européenne, à un moment ou cela était difficilement imaginable.


Apprenant et appliquant à la perfection les règles européennes de la perspective, imitant les techniques françaises et hollandaises de gravure sur cuivre ainsi que les effets de la peinture à l'huile, profitant de l'introduction du Bleu "Berorin" (prononciation japonaise de Berlin, c'est à dire le Bleu de Prusse) pour sublimer les paradoxales quarante-six estampes des "Trente-six vues du mont Fuji", il fut à l'inverse également une énorme source d'inspiration pour Van Gogh et les Impressionnistes, les Nabis, les Symbolistes et l'Art Nouveau ...


Enfin, rappelons qu'il est - sous le pseudonyme de Taito - le créateur de LA "Manga", qui réunit en 15 volumes (dont 3 posthumes), publiés entre 1814 et 1878, des milliers d'illustrations du quotidien de cette époque, démontrant une fois de plus, et malgré une économie de moyens, son imagination, son humour, sa liberté et la vivacité de son trait.


L'exposition permet également de découvrir d'autres artistes contemporains tels Yashima Gakutei, Shiba Kôkan, Shôtei Hokuju ou bien encore Katsuika Taitô II ...


Preuve que le talent n'empêche pas forcément la modestie, Katsushika Hokusai écrivait dans sa postface aux "Cent vues du mont Fuji" :
« Depuis l’âge de six ans, j’avais la manie de dessiner les formes des objets. Vers l’âge de cinquante, j’ai publié une infinité de dessins ; mais je suis mécontent de tout ce que j’ai produit avant l’âge de soixante-dix ans. C’est à l’âge de soixante-treize ans que j’ai compris à peu près la forme et la nature vraie des oiseaux, des poissons, des plantes, etc. Par conséquent, à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait beaucoup de progrès, j’arriverai au fond des choses ; à cent, je serai décidément parvenu à un état supérieur, indéfinissable, et à l’âge de cent dix, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant. Je demande à ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens parole. Ecrit, à l’âge de soixante-quinze ans, par moi, autrefois Hokusai, aujourd’hui Gakyo Rojin, le vieillard fou de dessin. »



(- Premier avertissement pour les amateurs de manga pur jus : l'exposition, bien que superbe, ne présente pas toutes les pages de la Manga montrées ici !
- Second avertissement, pour Hobopok qui n'aime pas les mangas : vas-y quand même, il y a une salle spéciale "adulte" qui devrait te satisfaire, avec des shunga montrant plein de bijin à poil !)


Pour mémoire, en 2004, l'Östasiatiska Museet de Stockholm avait réalisé l'exposition "De Hokusai à Dragon Ball" qui avait donné lieu à un catalogue ainsi qu'à un CD-Rom de "la Manga" d'Hokusai.




Pas loin de 3000 images de Hokusai à voir ici !

Oui, je sais, c'est long ...
Et encore, estimez vous heureux que je n'aie pas publié ce billet dans le sens de lecture japonais !