Savita fait son Kâmasûtra
Bon, ça va pour cette fois ...
On ne mettra pas de
Carton Jaune à
Courrier International en raison de la part belle qu'il fait depuis toujours aux dessinateurs de presse.
L'hebdomadaire aborde par ailleurs souvent la bande dessinée et nous avait en particulier régalés au cours de l'été 2006 avec une série sur la bande dessinée d'auteurs femelles, en nous présentant les travaux de l'Ivoirienne
Marguerite Abouet (Aya de Yopougon avec Clément Oubrerie), de l'Argentine
Maria Alcobre, de l'Italienne
Francesca Ghermandi, de la Suédoise
Nina Hemmingsson, de la Japonaise
Hinako Sugiura ou bien encore de la Française, née en Iran,
Marjane Satrapi (Persépolis).

Cette année,
CI a donc décidé, via
Tehelka, un hebdomadaire de
New Delhi, de la jouer sexe, certainement pour faire plus "estival", en nous présentant
Savita Bhabhi, la première star indienne de BD porno sur internet !!!Si, si, vous avez bien lu : nous parlons bien du
n°929, daté du 21 août 2008 et non du 1er avril !
Totoche, qui compte
"Rocco et ses frères" et
"The Party" parmi ses films favoris, ne reculant devant aucun sacrifice, est donc allé vérifier par lui-même cette information intrigante, d'autant que l'extrait présenté dans le journal paraissait assez prometteur.
Ce feuilleton quotidien en ligne, créé fin mars 2008 par un trio de trois petits cochons (d'
Inde, à priori donc ...) constitué par le scénariste
Desmukh et les deux concepteurs graphiques,
Dexstar et
Mad (sic) semble petit à petit élargir le cercle de ses adeptes. Il met en scène, de manière humoristique (parait-il), les tribulations sexuelles de la torride
Savita Bhabhi (
Savita la belle-sœur et la bru), parée des traditionnels
mangalsutra et
sindoor (collier et poudre rouge portés par les femmes mariées) en jouant sur les relations particulièrement fortes qui lient en
Inde un homme et la femme de son frère, thème déjà abordé dans de nombreux films bollywoodiens, chansons et romans.
Mais une fois sur le site, pas de réelle surprise : l'effet de découverte et le côté amusant, forcément kitsch des premières pages est rapidement dissipé et laisse place à une plate histoire de Q au dessin bof-bof, pas vraiment drôle, qui part rapidement en couille et qui pourrait finalement se passer dans n'importe quel trou du cul du monde.
Quatre épisodes sont actuellement en ligne et on assiste au fur et à mesure à une détumescence de la qualité des illustrations.

Comme le stipule l'introduction brutale, sans préliminaire, de la journaliste
Anastasia Guha : "les bandes dessinées ont le chic pour (...) pénétrer dans les plus intimes recoins de notre inconscient (...)". Bon, il va sans dire que pour ce genre de BD, ça dépend surtout où vous placez votre inconscient ...
Savita Bhabhi lui apparait même comme "une nouvelle irrévérence dans la culture de (son) pays"...
Déjà, ça part mal : car, bien que la série, initialement publiée en anglais, soit proposée dans un jeu de neuf langues autochtones (bengali, gujarati, hindi, kannada, malayalam, marathi, punjabi, tamoul (normal ...) et telugu), les créateurs demandent que les idées de scénarii envoyées par les lecteurs soient rédigés uniquement en anglais, ce qui laisse planer un sérieux doute quant à l'origine locale du projet ...
Ensuite, il faut bien que le thème du cricket soit abordé dans le second épisode, pour qu'on se rappelle que l'"action" se situe en
Inde. Un chat reste un chat ...
Et puis, ce qui m'a finalement irrité, c'est ce lien proposé en larges caractères, bien en évidence sous la planche quotidienne, qui mènera les non-encore assouvis directement sur un site bien achalandé cette fois-ci en photos et vidéos pornographiques ...
Voilà, toute cette mascarade juste pour aller consommer des films X et enrichir de vils producteurs exploitant de jolies jeunes femmes dont je doute qu'elles aient toutes l'âge légal (21 ans) requis pour aller visiter le propre site de
Savita Bhabhi ...

Quitte à passer pour un vieux béréraste coincé, je dois dire que je la trouve triste, l'"
irrévérence culturelle indienne".
J'espère également que
CI vérifie mieux ses autres informations.
Tout cela valait-il la peine de faire un billet aussi long ? J'en doute ...