lundi 25 août 2008

Faux amis et vrais cons


Mon meilleur et plus ancien ami, qui connait donc ma passion pour le "neuvième art", a cru bon de m'offrir "Les Amis", le dernier livre de François Ayroles, paru dans la collection Côtelette de L'Association il y a de cela quelques mois, et que j'avais repéré depuis un moment chez mon libraire préféré.
Non seulement c'est à peu près la seule personne qui arrive à me faire cadeau d'une BD que je ne possède pas, mais en plus ce livre s'est avéré être extrêmement divertissant et enrichissant.


Sous un dessin faussement minimaliste, François Ayroles observe en fait avec méticulosité, comme le ferait un savant avec ses rats de laboratoire, le comportements d'individus, esseulés ou en groupe, plongés dans diverses situations prédéterminées, en étudiant s'ils arrivent à fraterniser ou s'ils décident de se foutre sur la gueule.

Le décalage entre ces cobayes et le langage assez froid, posé, policé, littéraire et quasi-scientifique à la fois, qu'ils utilisent pour commenter à chaud leur raisonnement fait mouche à chaque coup. Ces joutes verbales (ainsi que les séquences muettes, Keatonesques) sont d'autant plus hilarantes qu'on a dû plus ou moins tous se poser, mais intérieurement, ce genre de question sur ce qui fait ou ne fait pas l'amitié ; qu'on s'est tous, il y a plus ou moins longtemps, retrouvés un jour dans la situation du gamin qui demande "je peux jouer avec vous ?".

Ici, les protagonistes, de jeunes adultes, ne craignent pas d'exprimer à leur interlocuteur tout haut ce qu'ils pensent de lui tout bas, un peu à la manière des mômes dans la cour de récré. Ils ne craignent de toutes manières pas les répercussions psychologiques que cela pourrait engendrer sur le type qui se trouve en face d'eux, le Pr Ayroles ayant choisi des sujet frontalement lobotomisés pour qui le "politiquement correct" n'est plus qu'un lointain souvenir.



Car, inévitablement, à vouloir résoudre l'amitié à l'aide d'équations mathématiques, on finit par approcher celle, peut-être plus facile à résoudre, de la connerie !

Mieux que dans un "dîner de cons", on explique ici carrément au con qu'il est con, pourquoi il est con, et qu'il devrait donc cesser de nous importuner puisqu'ici on n'accepte pas les cons. Dis comme ça, c'est très con, mais croyez-moi, avec la finesse de François Ayroles, c'est à se tordre de rire.

Finalement, on a froid dans le dos en réalisant la différence ténue entre ce qui fait le vrai (ou le faux) ami et ce qui fait le pauvre con, les deux ne semblant, pour tout simplifier, pas incompatibles.
On frissonne également à l'idée (pure supposition de ma part) que le Pr Ayroles pourrait nous pondre une thèse du même acabit sur les lois de l'amour (mais à l'Association, on n'aime pas trop les séries ...).


Après avoir refermé la dernière page de ce livre, je me suis dit que finalement, sous prétexte de me faire plaisir en me faisant découvrir cette excellente BD que je ne connaissais pas, mon soi-disant "ami" m'humiliait ainsi de facto, en me faisant remarquer que je manquais cruellement de discernement dans mes choix de lecture, confondant trop souvent quantité et qualité, et que sorti de "Mortadel et Filémon", je n'y connaissais vraiment pas grand chose à l'art séquentiel ...

C'est vraiment un gros con ce type, quand j'y repense.

8 commentaires:

Li-An a dit…

Je comprends mieux la subtile allusion à cet album parue sur mon propre blog. Ça donne envie de jeter un oeil sur cet album en tous les cas.

Totoche a dit…

C'est largement aussi drôle que du Mahler. Tu vois qu'ils savent rigoler aussi à l'Assoce ! :-)

Une vraie critique, intelligente, de cet album à lire ici :
http://www.du9.org/Amis-Les

Raymond a dit…

Très intéressant. Bravo Totoche.

Tellement intéressant qu'un doute m'assaille, en lisant les planches que tu exposes. Est-ce que ta chronique ne serait pas plus drôle que l'album lui-même ?

En tout cas, Ayrolle semble faire de l'humour à froid. Les choix d'achats vont être difficiles samedi prochain (en plus c'est la rentrée).

Totoche a dit…

"Intéressant ... drôle ..."
Soit tu te moques, soit tu t'es trompé de blog, ami Raymond ! :-)

Ce livre de François Ayroles (avec un seul "L", s'il te plait) - ne pas confondre avec Alain Ayroles - m'a vraiment faire rire.
Il devrait au moins plaire, à mon avis, aux amateurs d'humour Goossensien.

Raymond a dit…

Alors je me suis mal exprimé :-(

Mea culpa pour le double L

Totoche Tannenen a dit…

Mais nooooooon : je faisais mon "faux-modeste (et Pompon)" !!!
Ne fais pas la :-(, tu t'exprimes beaucoup mieux que moi.
Et encore merci pour ton indéfectible soutien moral :-)))

Raymond a dit…

Tu as quand même de la chance d'avoir des amis qui t'offrent de la BD.
Les miens n'osent plus depuis longtemps ;-)

totoche a dit…

Je te rassure, c'est le seul qui ose encore.
Le pauvre : comment il doit en baver !
Pour la petite histoire, il nous avait aperçu la veille dans une FNAC bondée et avait appelé en douce Mme T. sur son portable pour demander confirmation ...
:-)