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mercredi 26 décembre 2012

Tintin au Zaïre

Mokanda illusion / Mongo Sisé / L'Harmattan / 2012

 L'Harmattan et Christophe Cassiau-Haurie continuent leur formidable travail de débroussaillage de la bande dessinée africaine en nous faisant découvrir cette fois-ci un grand auteur congolais -ou plutôt zaïrois- , à savoir Mongo Sisé, né en 1948 et décédé en 2008 alors qu'il encrait l'anté-pénultième planche de Mokanda illusion (*).

une couverture à laquelle vous avez échappé (Mongo Sisé/Hobopok)

C'est donc cette dernière des aventures de Mata Mata et Pili Pili , délicieusement influencée par celles de Tintin et Milou que nous découvrons aujourd'hui, accompagnée -sur une heureuse suggestion du directeur artistique de L'Harmattan- d'une superbe version crayonnée et rehaussée au lavis, également sauvée de l'oubli : un double-album posthume qui n'est pas sans rappeler Tintin et l'Alph'art !
 Un riche cahier central signé Cassiau-Haurie nous apporte une mine d'informations sur cet auteur kinois méconnu que les lecteurs de Spirou se souviendront toutefois peut-être avoir croisé, une première fois en 1980 dans un Spirou Pirate (n°2188) , puis en 1982 où deux pages en couleur de Mata Mata et Pili Pili furent publiées dans les pages même de l'hebdomadaire (n°2314).




On apprend notamment, photo à l'appui, que Mongo Sisé croisa la route d'Hergé. Difficile cependant de savoir s'il fut simple stagiaire aux studios, élève, ou réel collaborateur du Maître. Les trois à la fois peut-être ? Une enquête de notre service documentation a toutefois permis de démontrer, preuves à l'appui, que Mongo Sisé aurait en fait été affecté en particulier à la réalisation des couvertures de Tintin !
Ce sont ces documents que le Plan B(d) est fier de vous présenter en exclusivité :








 Cela dit, il serait exagéré de prétendre que Mongo Sisé était uniquement influencé par Hergé. Non, disons plutôt qu'il avait un solide sens de l'observation :



 Blague à part, on conseille fortement, surtout aux amateurs de ligne claire, de découvrir ce bel et émouvant album que l'on devine avoir été réalisé dans des conditions difficiles par un auteur qui a lui-même également su avoir une influence sur certains de ses compatriotes, tel Barly Baruti, mais apparemment également sur certains auteurs franco-belges (on cite parfois le cas de Brüno ???).

 ******

 Par contre, on nous jure que le Camerounais Japhet Miagotar n'est absolument pour rien dans celle-ci ! :

Hobopok en stock
Plus d'infos :
http://hobopok.blogspot.fr/2012/10/cases-africaines-episode-2.html
http://www.afribd.com/article.php?no=11152

(* papier/lettre, en lingala)

dimanche 23 décembre 2012

AAAAA

 (Le Casque et l'Enclume)
Cette année, c'était les films en "A" qu'il fallait voir ! Petite rétrospective :

 On commence avec Miss Bala (États-Unis/Mexique) de Gerardo Naranjo, avec la sublime Stephanie Sigman :


Alors qu'elles se rendent au casting de Miss Tijuana, Laura et sa copine tombent en plein règlement de compte entre narcotrafiquants. On compare parfois les miss à des morceaux de viande, mais pas froide... Fallait pas être au mauvais endroit au mauvais moment. Très noir. 
Qui a dit qu'il n'y avait pas que le pognon dans la vie ?




 Les vieux chats (États-Unis/Chili), de Pedro Peirano et Sebastián Silva (La Nana) , avec la lumineuse Belgica Castro (91 ans !) :


Isidora commence à perdre la boule. Et ses troubles cognitifs ne vont pas s'arranger avec l'arrivée de sa fille, lesbienne et cocaïnomane, et de sa compagne qui veulent foutre la vieille à la porte de son propre appartement santiagais. Mais qui se joue vraiment de l'autre ? Sucré/salé ou doux/amer ?
On a trouvé les Almodovar chiliens !




 Barbara (Allemagne), de Christian Petzold, avec la splendide Nina Hoss :


En RDA, Barbara, une femme médecin berlinoise abhorrant le système est mutée dans un dispensaire de province afin d'y épauler un jeune médecin, là où on manque de tout. De toutes façons, elle s'en fout, sa décision est déjà prise : elle rejoindra coûte que coûte son amant à l'ouest, là où les gens sont libres...
Libres de quoi faire, au juste ?



 Viva Riva ! (RDC/France/Belgique), de Djo Tunga Wa Munga, avec la superbe Manie Malone :


Noir, très, très noir. Le pognon rend fout, le pétrole pourrit tout : l'Afrique n'est pas prête de se sortir de la merde. La scène finale est éloquente : non, il n'y a vraiment plus d'espoir à Kinshasa. C'est si désespérant que ça en devient beau.
La vie ne vaut rien, rien...




 Les Acacias (Argentine/Espagne) , de Pablo Giorgelli, avec la très, très belle Hebe Duarte :


Un camionneur qui convoie sa cargaison de bois de la forêt paraguayenne à Buenos Aires arrondit ses fins de mois en emmenant parfois des passagers. Cette fois-ci, il s'agit d'une une jeune femme guarani. Petit problème : il y a aussi un bébé, et ça, c'était pas prévu ! C'est que la route est longue, et la cabine toute petite... Un road-movie, mais en huis-clos.
Enfin un peu de douceur dans ce monde de brutes !

vendredi 24 septembre 2010

Grand Orchestre Kinshasa


Benda Bilili  ! 
de Renaud Barret et Florent de La Tullaye,
2010


En allant voir sur un coup de tête Benda Bilili ! l'autre soir au ciné, le but était juste de vérifier si la capitale de la RDC était aussi déglinguée que ce qu'elle en a l'air sur le blogue d'Appollo (qui avait déjà parlé de ce film ici).

Black, le choc !
Pas déçu : rues défoncées traversées par des 4x4 rutilants, zoo délabré aux airs de camp récemment libéré, gamins se battant comme des chiens pour quelques cartons (c'est là qu'ils dorment -les gosses, pas les clebs-), feux de camp à chaque coin de rue, match de foot dantesque disputé par une bande de culs-de-jatte qui arrivent à se tacler -si, si !- comme des diables et par derrière.
Tonnerre et éclairs sur Kinshasa : il aura de la matière à ramener, notre scénariste expatrié !


Attention ! Ce film n'est pas en 3-D.

 Mais le véritable coup de foudre, c'est pour cette improbable bande de musiciens des rues, déglingués eux-aussi, mais par la polio, qu'on le ressent.
 Leur meneur déclare un jour, sans l'ombre d'un doute, au binôme de reporters venus les filmer qu'ils deviendront un jour le meilleur groupe du monde, et que -tiens pendant qu'on y est - ils iront aussi jouer aux quatre coins de la planète.
 Bon, quand on répète avec des guitares pourries à une ou deux cordes et un satongé bricolé à partir d'une boîte de conserve rouillée, c'est pas gagné...
 Mais devinez quoi ?

 Un film qui rendrait presque optimiste (j'ai dit "presque").