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vendredi 15 février 2013

Hippophagie

Honoré Daumier - "La viande de cheval est hautement digeste et bonne pour la santé"
Franchement, qu'on mange ou non du cheval, c'est vrai que cette histoire de lasagnes, ça craint (de cheval). Allez, pour faire passer tout ça, rien ne vaut un petit coup de Boby Lapointe. Ça fait toujours un effet bœuf.




vendredi 11 mars 2011

Jossot, en dehors du troupeau


La Bibliothèque Forney présente sans doute la plus intéressante exposition parisienne du moment, qui vous permettra peut-être aussi de découvrir l'œuvre de Gustave-Henri Jossot (1866-1951), peintre et caricaturiste libertaire, pro-Dreyfusard, de ses péchés de jeunesse dijonnais à ses dernières toiles orientalistes tunisiennes.


On rappellera brièvement (un site est entièrement consacré à Jossot) qu'après avoir réalisé quelques affiches publicitaires, ce contemporain d'Aristide Delannoy, Jules Grandjouan, Juan Gris, Théophile-Alexandre Steinlen... que l'on sent particulièrement influencé par Henri Rivière et les Nabis ou encore par Félix Vallotton et les Expressionnistes, publia essentiellement dans L'Assiette au beurre, La Caricature, Die Jugend, Le Rire...
Se faisant d'abord la main sur les bourgeois, les "femelles", les alcoolos..., il prend par la suite un malin plaisir à s'attaquer à l'armée, à la justice, à taper sur le clergé. Mais ses dessins les plus puissants sont sans conteste ceux fustigeant le colonialisme. Par les temps qui courent, on savourera tout particulièrement ses précieux conseils à ces ingrats de Tunisiens révoltés contre leur "père", cette lettre où il explique qu'il est convaincu que "les révolutions ne changent pas les choses mais seulement leurs noms", ou cette autre ou Jossot explique ce qu'il pense du "travailler plus pour gagner plus" (je vous laisse deviner...).



L'humour caustique et féroce de Jossot n'a rien à envier à celui de nos Cabu, Reiser, Siné ou Willem actuels, et sa ligne claire, quoiqu'épaisse, n'a pas pris une ride. Plus étonnant, cent ans après on rit encore devant chacun de ses dessins, toujours pertinents et compréhensibles, même sans en connaître le contexte (contrairement à ceux de Daumier par exemple) : la preuve avec ces seize vignettes de Dressage, véritable proto-BD parue en 1904 dans le numéro 144 de L'Assiette au beurre, à découvrir sur le site Coconino-world.
A l'évidence, Jossot s'impose donc comme l'ancêtre direct d'Hara-Kiri, qui n'apparaitra finalement que neuf ans après sa disparition, en 1951. Les dessinateurs de Charlie-Hebdo lui rendent d'ailleurs un hommage en fin d'exposition.

Conchiant la société de consommation et le mode de vie occidental et après avoir perdu sa fille foudroyée par une méningite, Jossot s'exilera en Tunisie où il se convertira à l'islam, religion des vaincus, afin de "conquérir sa liberté intérieure, toute action extérieure étant vaine". Il ne remettra jamais les pieds en France. C'est sa première exposition rétrospective.

Jossot-Caricatures-De la révolte à la fuite en Orient (1866-1951).
Exposition du 1er mars au 18 juin 2011 à la bibliothèque Forney, 1 rue du figuier, Paris IVe (voir aussi la mini-galerie en ligne).


dimanche 11 avril 2010

Crime scenes

Quand Grosz fait du Winshluss :
Caïn ou Hitler en Enfer, 1944

Blake, Daumier, Kubin, Steinlen, Toulouse-Lautrec sont quelques-uns des principaux inculpés dans cette sordide histoire de crimes en série perpétrés pendant près de deux siècles et pour laquelle le Musée d'Orsay, qui expose les pièces à conviction jusqu'au 27 juin 2010, s'est porté partie civile.

Avant de délibérer, les jurés devront prendre leur temps, et surtout passer outre leurs éventuels préjugés négatifs sur les ouvrages collectifs, tant la liste des prévenus est longue : en effet, figurent également dans le box des accusés messieurs Dix, Grosz, Hugo, Magritte, Redon, Rops, Schwabe (sa Vague est hallucinante), Valloton, Warhol, etc. On se demande bien de quelles protections a pu bénéficier une crapule comme Di Marco pour échapper aux poursuites...

Et si les jurés ne ressentent pas un frisson parcourir leur échine devant la terrifiante machine à décolleter de Joseph Ignace Guillotin, tapie derrière un cordon dans la pénombre d'une petite salle, telle un tueur en série rendu inoffensif derrière les barreaux de sa cellule, les plus sensibles pourraient toutefois être pris de nausées vers la fin du parcours, devant ces moulages de têtes froidement alignés en rang d'oignons ou ces clichés de scènes de crimes auxquels aucun détail n'échappe, à la fois splendides et à la limite du soutenable.
Heureusement pour eux, la télévision les a vaccinés depuis belle lurette.

Sale affaire, fiston...

*****

L'exposition Crime et Châtiment est à voir au Musée d'Orsay, du 16 mars au 27 juin 2010.

dimanche 21 juin 2009

Calder : la Ligne Claire en 3D

Joséphine Baker

Jusqu'à cette visite au Centre Pompidou le mois dernier, je ne connaissais d'Alexander Calder (1898-1976) que les fameuses sculptures abstraites pour lesquelles il est universellement connu. Je n'avais même jusqu'alors aperçu sa bobine que dans les aventures d'Odilon Verjus, ce qui m'avait néanmoins permis d'apprendre que l'artiste étasunien avait, à la fin des années folles, vécu à Paris où il avait rencontré Joséphine Baker.

"Adolf",
("Les Exploits d'Odilon Verjus - T.3"),
Laurent Verron/Yann,
Le Lombard, 1999

J'ignorais par contre que cet ingénieur de formation qui, avant de traverser l'Atlantique, fabriquait déjà des jouets faits de bric et de broc et préférait bricoler ses propres ustensiles (grille-pain, passoire...) plutôt que de les acheter, avait auparavant exercé ses talents comme caricaturiste et dessinateur animalier dans les journaux étasuniens. En 1926, il avait même rédigé un "manuel" illustré, insistant sur la difficile nécessité d'arriver à retranscrire toute la dynamique du mouvement dans une image fixe, par définition immobile et en "2D".

"Animal sketching",
Alexander Calder,
Dilecta, 2009 (fac-similé de l'édition de 1926)


"Kiki de Montparnasse"
Catel / José-Louis Bocquet,
Casterman, 2007

C'est donc assez logiquement, qu'arrivé à Montmartre, il se mit à créer des sculptures à base de fil de fer, tout d'abord animalières, de plus en plus élaborées jusqu'à la réalisation de son fameux Cirque, (qui n'a rien à envier à ceux de Mafate ou de Gavarnie) avant de se lancer dans la réalisation de portraits de personnalités de l'époque comme Fernand Léger, Man Ray, Joan Miró, Joséphine Baker ou encore Kiki de Montparnasse, ce qui lui vaudra le surnom de "Daumier du fil de fer" avant qu'il ne passe à l'abstraction.



Je ne peux malheureusement, faute de documents personnels, que montrer ici quelques images piteusement fauchées sur la toile* (il faut décidément que je me décide à acheter un photophone) pour vous donner envie d'aller voir cette formidable exposition, et c'est un amateur de dessin et non de sculpture et encore moins d'art abstrait (mais les "habitués" l'avaient déjà compris) qui l'écrit !


Miró

Kiki

Léger

Il faut aller tourner autour de ces merveilleux "dessins en trois dimensions" pour en apprécier tout leur saveur. Il faut aller les voir s'animer lentement, tourner avec grâce autour du fin câble qui les maintient suspendus en l'air. Il faut aller les voir prendre vie grâce à leur ombre changeante portée sur les parois des salles d'exposition.
La caricature est déjà un art difficile, mais présentement elle est en trois, et même en quatre dimensions, puisque la perception qu'on en a évolue au fil du temps.
Je dirais même plus, ces célébrités ainsi "immortalisées" me sont effectivement apparues comme toujours vivantes.
C'est dire l'immense talent d'Alexander Calder.

En piste :



(* les plus curieux pourront trouver d'autres exemples, notamment sur le site de la Fondation Calder)

mercredi 15 octobre 2008

Au théâtre ce soir... avec Honoré Daumier



Du 4 octobre 2008 au 12 janvier 2009, le musée d'art et d'histoire de Saint-Denis (93) rend hommage au caricaturiste Honoré Daumier (1808-1879), dont c'est le 200e anniversaire de la naissance cette année, à travers la splendide exposition "Du rire aux armes".


Musique pyrotechnique, charivarique et diabolique.
(quand Berlioz donne de l'urticaire à Daumier ...)

On pourra également retrouver cette exposition dans le très intéressant catalogue rédigé pour l'occasion par Dominique Lobstein du musée d'Orsay, Sylvie Gonzalez du musée d'art et d'histoire de Saint-Denis et Laurence Goux du musée de la musique.
Cet ouvrage permettra également de prolonger la visite par la lecture des chapitres consacrés à la biographie du caricaturiste, à la censure, ainsi qu'à la représentation de l'architecture de spectacle et des bouleversements (macadam, travaux de Haussmann, expositions universelles... ) du Paris du XIXe siècle.


Le musée ne possédant malheureusement pas de cabinet des dessins pour présenter régulièrement une des plus importantes collections de lithographies (plus de 3500) et de bois gravés de cet artiste en France, cet anniversaire est donc l'occasion rêvée pour mettre ce fonds en valeur.
Contrairement à la récente exposition de la BnF, plus généraliste, qui retraçait sa carrière de lithographe, l'exposition "Du rire aux armes" se concentre sur les "caricatures de mœurs" que l'artiste était contraint de réaliser du fait de la censure impitoyable qui sévissait sous le Second Empire.


Ces caricatures de ses contemporains ne sont pas moins drôles, intéressantes ni féroces que ses caricatures politiques pour peu qu'on se donne la peine de lire les légendes jusqu'au bout... Elles sont peut-être même plus subtiles, puisque c'est à travers elles que le dessinateur de presse devait parvenir à se jouer de la censure pour faire passer discrètement ses messages contestataires aux lecteurs du Charivari.


C'est probablement pour cette raison que Daumier s'intéresse plus au spectacle qui se passe dans la salle plutôt qu'à celui qui se joue sur scène, ne représentant, bien souvent que les jambes des danseuses qui s'y produisent ! Dans le même ordre d'idées, il est également intéressant de constater que le lithographe semble plus se consacrer aux "petits" théâtres populaires et aux spectacles de salon que, par exemple, à l'Opéra Garnier qui, bien qu'édifié à l'époque, n'est jamais représenté...

La loge grillée-The box grated

D'intéressantes mises en parallèle montrent enfin comment Daumier a pu influencer d'autres artistes majeurs comme Degas ou Manet dans leur manière d'aborder les cadrages, les jeux de lumière, les points de vue pour représenter les loges ou la scène.

Le texte du 4e de couv', impeccablement ciselé par Dominique Lobstein

L'expo a beau avoir lieu dans le 93, il y a peu de chance que vous vous y fassiez égorger en vous y rendant (j'ai testé pour vous...). Et si vous craignez vraiment de retrouver votre voiture sur quatre parpaings, sachez que la station de métro Saint-Denis Porte de Paris (ligne 13) vous laisse à 100 m du musée, situé dans un magnifique carmel du XVIIe siècle.


Une visite s'impose également sur The Daumier Register Digital Work Catalog, le premier catalogue digital des 4000 lithographies et 1000 gravures sur bois d'Honoré Daumier.

(Bon anniversaire à Bidouille !)

vendredi 6 juin 2008

Daumier joue les prolongations

Avant de devenir photographe,
Nadar
fut lui-même un excellent caricaturiste.



Bonne nouvelle pour les retardataires : l'exposition "Daumier, l'écriture du lithographe" réalisée à l'occasion du bicentenaire de l'artiste, qui devait se terminer ces jours-ci à la Bibliothèque nationale de France, est finalement prolongée jusqu'au 29 juin 2008.

C'est Charles Philipon, le directeur du Charivari,
qui représenta le premier Louis-Philippe sous la forme d'une poire.


Plus de 200 estampes permettent de redécouvrir l'immense talent du dessinateur le plus renommé du "Charivari", que l'on surnommait à la fin du XIXe siècle "le Michel-Ange de la caricature".



Qu'il traite de politique en défendant la liberté de la presse et les valeurs de la République, en dénonçant les atrocités de la guerre ou qu'il aborde des sujets plus légers, caricaturant les bourgeois, le monde de la justice ou du théâtre, l'histoire ancienne, s'interrogeant sur la place des femmes dans la société, l'incroyable modernité de son regard et son extraordinaire courage (qui le mèneront en prison en 1832 pour avoir osé transformer Louis-Philippe en Gargantua) en font encore une référence pour les caricaturistes d'aujourd'hui.



Pour ceux qui ne pourraient pas se déplacer à Paris, la BNF a eu l'excellente idée de réaliser un superbe site reprenant en ligne cette exposition (ainsi que celle de la bibliothèque François Mitterrand intitulée "Les Héritiers de Daumier" avec d'intéressants dossiers et surtout l'intégralité (!) des lithographies consultables sans bourse délier.



Le fameux Ratapoil, un des personnages-type créés par Daumier.