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vendredi 3 février 2012

Un beau générique...



... par le gentil Tito Topin, auteur des décors de Comic strip et dessinateur, dans la même veine "pop", de deux albums des Dossiers du B.I.D.E.  écrits par Jean Yanne en 1969, que Casterman sort de l'oubli ces jours-ci.




lundi 9 mars 2009

Les mésaventures d'une jeune fille comme il faut... ou les plaisirs du XXIXe siècle.

2008  exposition cité de la musque stefan de jaeger portrait de serge gainsbourg
Si l'exposition Gainsbourg présentée à Paris par la Cité de la musique a reçu un accueil mitigé de la part de certains critiques, elle aura en revanche été plébiscitée par le public, accueillant plus de 100.000 visiteurs en quatre mois. Prolongée de 2 semaines, elle fermera ses portes le 15 mars avant de s'envoler pour São Paulo.

ou es tu melody gainsbourg iusse
Il est vrai que la scénographie originale voulue par le commissaire Frédéric Sanchez aura pu apparaitre un peu bordélique aux yeux (et oreilles) des "rats de musées" habitués à des parcours plus "pédagogiques", mais qu'elle aura à l'inverse certainement su séduire les inconditionnels du zapping ou du surf sur Google-image.


Le système de "totems thématiques" (en fait des piliers où s' entassent pêle-mêle des écrans lumineux présentant photographies, illustrations et vidéos) habillés de "douche sonores" m'a paru - il est vrai - assez peu adapté à un espace aussi exigu que la salle d'exposition située au sous-sol de l'institution de la Porte de La Villette : les textes des chansons de Gainsbourg lus par divers interprètes et proches du chanteur se superposant aux sons issus de ces poteaux enluminés censés aboutir à une "composition sonore spatialisée", on aboutit plutôt, le brouhaha ambiant aidant, à une espèce de cacophonie migrainogène, et il faut vraiment se concentrer pour réussir à suivre plus de cinq minutes, planté debout devant un de ces petits écrans, un des nombreux documents audiovisuels présentés issus des archives de l'INA.
En somme, c'est un peu comme quand on va à la campagne rendre visite à ses vieux parents qui présentent un début de surdité et qu'on essaie de se parler d'une pièce à l'autre avec, en fond sonore, le poste de radio et les deux téléviseurs allumés en même temps, volume à fond (et je ne vous dis pas quand il y a les nièces qui braillent...).

forest marie mathématique
Mon intention n'est bien évidemment pas d'entrer dans un débat du genre"Faut-il donner au public ce qu'il attend pour le faire venir au musée ?" mais tout simplement d'attirer votre attention, si vous visitez cette exposition, sur un de ces fameux totems (le cinquième à gauche en entrant, si mes souvenirs sont bons) qui m'a permis découvrir une bien jolie héroïne de papier dont le créateur graphique n'est autre que Jean-Claude Forest, le créateur de Barbarella, Hypocrite et autre Bébé Cyanure.


Marie Mathématique, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, fut officiellement présentée lors de sa première programmation comme "la première héroïne TV de science fiction". Elle vécut des aventures sidérales le temps de six courts métrages d'environ cinq minutes chacun diffusés mensuellement dans l'émission Pim, Pam, Poum Dim Dam Dom, du 28 octobre 1965 au 29 avril 1966. Il y est efectivement brièvement fait allusion dans "L'Art de Jean-Claude Forest" des éditions de l'An 2, paru en 2004, mais il me semble que ces épisodes n'ont jamais été rediffusés depuis.


L'exposition répare donc cet oubli en présentant l'intégralité de cette hexalogie réalisée par Jacques Ansan : "Marie Mathématique à (a ?) 16 ans", "Des bestioles encore des bestioles", "A l'abordage", "Un mal qui répand la terreur", "Marie Mathématique franchit la porte défendue" et "Week-end à la mer". À noter qu'une projection fut même organisée le 26 octobre 2008 à la Cité de la musique.

forest marie mathématique 2"Albaaator, Albaaaaaator..."

Il ne s'agit en fait pas de dessins animés au sens strict du terme mais plus précisément de "dessins découpés animés" (technique chère à Michel Ocelot (Gédéon, Kirikou...)) qui furent spécialement créés pour l'occasion par Jean-Claude Forest.
Les textes, écrits par son propre beau-frère, l'écrivain André Ruellan, sous une forme poétique fixe médiévale, le virelai, étaient ensuite interprétés par Serge Gainsbourg qui avait été approché par la productrice Daisy de Galard.


Le résultat est certes un peu statique et chaotique, et fait évidemment un peu cheap aujourd'hui.
C'est sûr, on est plus proche techniquement des Shadoks que de Wall-E. Comme dirait tonton Michel, "on voit bien que c'est fait à la main".
Mais justement, je trouve que le côté "bricolage" accentue la poésie des dessins et des textes. Un peu comme un petit meuble branlant, bancal, mais finalement attachant qu'un bricoleur du dimanche aurait fabriqué lui-même avec les moyens du bord.
Par ailleurs la bande son, que je ne connaissais pas non plus, est vraiment originale (ce n'est pas du Gainsbourg "commercial") et préfigure même à mes oreilles l'Histoire de Melody Nelson.
Je suis étonné que des éditeurs comme Nocturne ou l'Association ne semblent pas s'être encore intéressés à l'édition d'un DVD ou d'un CD avec livret.


On sait que Gainsbourg était une vraie éponge (culturelle s'entend) et que de Fernand Léger à Bob Marley, en passant par Boris Vian, Paul Klee, Antonín Dvořák, Frédéric Chopin, Salvador Dalí, Sid Vicious..., ses influences furent nombreuses.
Sa culture BD n'était pas en reste, comme en témoignent les nombreuses références aux petits miquets parsemées dans "Qui est in, qui est out" (hommage suprême à la Barbarella de Forest), "Roller Girl", "Comic Strip", "Charlie Brown", "Panpan Cucul", Marilou sous la neige" et bien entendu le fameux "Mickey Maousse", comme le rappelle Benoît Mouchart dans un passionnant article intitulé "Gainsbourg bédéphile ?".

black out armand gainsbourg
Enfin, pour terminer, vous saviez certainement que Gainsbourg avait signé de son vivant le scénario d'une bande dessinée intitulée "Black out" et illustrée par Jacques Armand mais cet article vous apprendra ou vous rappellera également qu'Evguénie Sokolov, le héros du seul roman écrit par Gainsbarre est non seulement pétomane mais également... dessinateur de bande dessinée (l'histoire ne dit pas s'il se nourrit de chili con carne) !


À lire également, une interview de Gainsbourg par Philippe Manoeuvre réalisée pour Métal Hurlant en 1987.

Je vous laisse avec cette version de Brigitte "Barbarella" Bardot évoluant dans des décors psychédéliques de Tito Topin, plus proches de ceux de Pellaert que de Forest.