mercredi 26 mai 2010

Anti-rouille


J'ai cru halluciner en découvrant dans les rayonnages d'un Barne & Nobles (genre de Fnac à la sauce US) du fin fond du Far-West où je séjournais récemment, qu'Heavy Metal, la version étasunienne de "notre" Métal Hurlant national, adaptée dès 1977 et que je pensais reléguée à la case souvenirs, paraissait encore !


O.K., le moins que je puisse dire, c'est que son contenu ne m'a pas emballé, ce qui m'a permis d'économiser une poignée de dollars. Of course, Métal sans Mœb, Druillet, Chaland, Clerc ni Sire, ça ressemble un peu à un hamburger pour végétariens (ou à un cassoulet sans saucisse pour causer comme Gros Dégueulasse).


Allez, ne crachons pas dans la soupe : Heavy Metal a tout de même le mérite de faire connaître aux Yankees quelques bédéistes européens (dont certains frenchies), un luxe à notre époque.

Il est possible de feuilleter quelques pages ("preview samples pages") du magazine -désormais bimestriel- sur le site officiel qui présente aussi une galerie exposant l'ensemble des couvertures (fortement recommandée aux amateurs de pin-ups en string avec épée) et récapitulant les sommaires numéro par numéro.


Au sommaire de celui d'août 1985 (visiblement archi-rentabilisé !), sous une couverture de Toni Taylor et comme dans un rêve d'ado attardé, figuraient ainsi Yves Chaland, Nicole Claveloux, Richard Corben, Frank Frazetta (poster central), Juan Gimenez, Pepe Moreno, Daniel Torres... Toute une époque.

4decouv'

"The natives give Freddy the nickname of "Bula Matari",
which means "the rock breaker",
because of his impetuosity and enthusiasm."

Elephant Cemetery,
Yves Chaland

Profitons-en pour rappeler l'existence de L'Ange du Bizarre, le blog tenu par Jean-Pierre Dionnet (un des quatre fondateurs de Métal Hurlant) sur le site des Humanoïdes Associés, à mon avis bien plus efficace comme anti-rouille !

mardi 20 avril 2010

Paul en France

La Place du Québec à Paris,
vue par Michel Rabagliati

Je ne sais pas si l'éruption du volcan Eyjafjölltrüc permettra à Michel Rabagliati de prolonger présentement sa tournée en France, voire en Europe (ses albums sont après tout traduits en allemand, anglais, espagnol et italien), mais en attendant que leur avion re-décolle un jour, les voyageurs bloqués à Paris vont quant à eux avoir le temps d'aller à la rencontre de Paul, l'alter ego dessiné de l'auteur québécois, dont quelques planches originales seront exposées jusqu'au 12 mai au Centre Culturel Canadien, situé sur l'esplanade des Invalides, à deux pas du comptoir d'Air France !


Les bédéphiles regretteront évidemment que cet accrochage de planches ne soit étoffé de quelconque document, mais cela permettra toujours aux touristes de passage dans les beaux quartiers de se faire une idée sur cette série et d'en apprécier la subtile évolution graphique depuis ses débuts, en 1999.



Rappelons que Michel Rabagliati débuta comme infographiste et que c'est Le Journal d'un Album de Dupuy et Berbérian qui servit de déclic à sa deuxième carrière. Ne culpabilisez pas, donc, si vous pensez à Monsieur Jean en lisant les tribulations urbaines de Paul : Michel (vous suivez toujours ?) assume fièrement cet héritage.

étude pour le prochain Paul,
extrait du site de Michel Rabagliati

Les lecteurs allergiques aux autobiographies dessinées auraient tort de bouder Paul car, si on se donne la peine de commencer la lecture, on se rend rapidement compte qu'ici c'est... "différent".
Si Michel Rabagliati raconte effectivement plus ou moins sa vie, lui sait le faire avec assez de recul et d'humour pour qu'on n'ait jamais l'impression de lire un truc nombriliste... pour ne pas dire chiant. Ses souvenirs, intelligemment distillés, se transforment ici, grâce à un dessin efficace et soigné -à la fois clair et fouillé- en autant de détails rendant ces vraies-fausses fictions réalistes.

Paul à Québec (dans le Top Totoche 2010)

Ainsi se déroule devant nos yeux, au fil de ces romans, un véritable tableau du Québec des années 70 à nos jours, brossé avec une grande sensibilité (et aussi un brin de nostalgie) par Michel Rabagliati.
L'émotion atteint son acmé dans le crissement bon Paul à Québec, dernier opus en date, récompensé cette année par à Angoulême par le prix du public, dont la fin poignante m'a mis la larme à l'œil.

Pourquoi une pastèque ?

Quitte à passer pour un niauseux, je prends le risque de préciser que les québécismes qui accompagnent ces histoires sont vraiment délicieux et vous suggère de les savourer "à voix haute", comme on se délecte en regardant en V.O. (sous-titré en France !) un épisode d'Un Gars, une fille joué par Sylvie Léonard et Guy A. Lepage.

Paul Emploi

Paul rencontre un fanc succès au Québec où il rafle les prix et où son auteur est même parfois interpelé dans la rue par ses fans. Une lectrice de Montréal me confiait récemment qu'elle et ses amis se reconnaissaient entièrement dans les albums de Paul, contrairement à ceux du Magasin Général qu'ils trouvent trop "typiques", pour ne pas dire caricaturaux. Peut-être est-ce d'ailleurs ce côté "carte postale" qui fait le succès de ce côté-ci de l'Atlantique de la pourtant très belle série de Loisel et Tripp, Canadiens d'adoption ?


Ultime consécration (?) et scoop du Plan B(d) : une adaptation cinématographique de Paul serait à l'étude..., tournée en live-motion, comme on dit chez nos cousins !

Je termine en précisant qu'on trouve une intéressante interview de Michel Rabagliati dans le n°25 de Casemate.

******

Bonus Totoche-gadget :
cette semaine : le somptueux sac Paul et sa blonde (disponible chez Renaud-Bray) !



******

Merci à Martine et Christian.

lundi 19 avril 2010

Tigresse Blanche


J'ai été saisi d'un bref vertige en parcourant le Télérama de cette semaine (n°3144, qui titre sur la fin éventuelle du monde paysan) où l'éditrice franco-chinoise Ge Fei Xu avance, sans que j'aie pu le vérifier, le chiffre de "50.000 diplômés en bande dessinée [sortant] chaque année [des écoles chinoises] " !

Damned ! Après avoir affronté la vague des comics, la déferlante des mangas, puis la tempête de la surproduction, les dessinateurs franco-belges doivent-ils maintenant s'attendre à un véritable tsunami venu de l'Empire du Milieu ?

On se rassure comme on peut en se disant que les scénaristes auront peut-être un sursis. "On ne peut demander à des gens à qui on a interdit de penser pendant trente ans de savoir bien raconter des histoires" ajoute, sans rire, la jeune femme. Ouf, on respire.

Oui, oui, j'ai vérifié : c'est bien le numéro de cette semaine, pas celui du 1er avril...