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samedi 15 octobre 2011

Le rêve de Kassandra

Dans la série "les grandes interviews foireuses* du Plan B(d)", nous vous proposons un entretien-pirate avec Émile Bravo :

- Bonjour Émile Bravo, Le Journal d'un ingénu est un des plus beaux Spirou que nous ayons lu. Comme DSK, nous avons nous aussi complètement craqué pour la soubrette ukrainienne du Moustic Hôtel. Kassandra Stahl est si attachante, pourquoi l'avoir fait disparaître aussitôt après nous l'avoir présentée ?
 - Enfin, c'est complètement idiot, on ne peut pas "craquer" pour un personnage de bandes dessinées !  
Kassandra n'existant pas dans les Aventures de Spirou, il était tout simplement nécessaire qu'elle disparaisse pour expliquer cette absence.

- Elle n'existe pas, elle n'existe pas... Pourtant, on pense à la Cassandre grecque dont personne n'écoutait les prédictions. Et puis, en cherchant sur internet, l'archiviste du Plan B(d) a trouvé la trace d'une Lydia Stahl, agent du GRU soviétique**, née dans le sud de la Russie en 1890 et qui officiait entre New York, Helsinki et Paris où elle fut démasquée et emprisonnée en 1935***. Est-ce en travaillant sur Aleksis Strogonov que vous avez eu connaissance de ce personnage ?
 -Nooon ???? Vous êtes sérieux ? J'ai choisi ce nom uniquement parce que je trouvais que ça faisait joli...

- Hum... Certaines sources prétendent que Lydia Stahl aurait été libéré par la Gestapo pour travailler en Roumanie avant de s'enfuir en Amérique du Sud. Euuuh..., et Kassandra, qu'est-elle devenue ?
- J'imagine qu'elle a dû terminer dans une fosse commune.

- Ah.
- ...

- Donc, pas la peine de rêver d'un spinoffe des aventures de Kassandra en Ukraine?
- Non, pas le temps, je planche actuellement sur un deuxième Spirou.

- Bon. Et bien, merci quand-même M. Bravo.
- C'est moi.

 ****

(* et approximatives)
(** service de renseignement concurrent du KGB)
(*** authentique) 
(**** non, là c'est juste pour dire que c'est fini et pour faire joli)

samedi 5 décembre 2009

Au Nom du Père, du Salsifis et du Sain d'Esprit


Excommunié par le magazine Okapi, l'épatant Jules (de l'irrévérencieux -?- Émile Bravo) fait son retour en kiosques cette semaine dans les pages de Spirou, en compagnie de son cochon d'Inde, de son crétin de frère, de son beauf' de père et de tout son petit monde plus vrai que nature.

Je me suis donc précipité pour acheter ce n° 3738 ; mais quelle déception en découvrant que l'épisode proposé n'est pas un inédit, mais "seulement" La Question du Père, le cinquième épisode de la série, post-publié donc.


Je ne suis pas contre le fait de faire re-découvrir le patrimoine des éditions Dupuis aux jeunes générations qui ne connaissent Billy the Cat, Boule et Bill, Lucky Luke et Spirou et Fantasio que via les dessins animés ; mais tout de même, La Question du Père n'est paru en album qu'en 2006, et chez Dargaud, d'ailleurs...
C'est peut-être un peu abuser de le mettre en une, non ?

Bon, ça ne sert à rien de ronchonner, La (catholiquement incorrecte) Question du Père reste mon Épatante Aventure de Jules préférée.


Comme pour chacun des albums de la série, Émile Bravo se base sur une interrogation scientifique avant de partir dans des délires scénaristiques où l'on peut aussi bien croiser le Capitaine Flam que des extra-terrestres en forme de salsifis. Ici, il sera question d'ADN : Jules s'interroge sur son hérédité, s'inquiétant de savoir si son abruti de père est réellement le sien. De fil en aiguille, il en arrivera à se poser d'autres questions... sur d'autres "pères".


C'est sans doute l'une de ces questions insupportables qui valut à Jules les foudres d'Okapi, qu'Émile Bravo définissait pourtant en 2005 dans Patate Douce comme "un journal d'information pour les enfants assez bien fait et pas du tout cul-béni, catho comme les gens pensent souvent". Il ne serait pas inintéressant de lui re-demander ce qu'il en pense aujourd'hui...

le septième numéro de Patate Douce
contient une interview d'Émile Bravo
enrichie de cinq planches crayonnées
des aventures de Jules

Tant pis donc pour les vieux cons comme moi, la couverture aurait dû me faire tiquer : "Heu... Attends, "nouveau venu", c'est pas vraiment ça..." !
Ils se consoleront avec une interview de Jules par un Spirou, un peu dépassé, sous la forme de huit petits Hauts de Pages hilarants !


... et tant mieux pour les jeunes cons qui ne connaissaient pas encore Jules, ils pourront montrer à leur parents qu'il n'y pas que le sexe qui les intéresse et qu'on pourra leur offrir d'autres albums que ceux de Titeuf à Noël.

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En parlant de sexe...


La Loi du Plus Fort ne compte que cinq pages. Parue dans le n°3653 en avril 2008, c'est pourtant un des épisodes de Spirou qui m'a le plus impressionné (oui, même ceux de Nic Broca et de Munuera, et je pèse mes mots). Émile Bravo y aborde, tout en subtilité et avec un humour glacial, le thème des prêtres pédophiles. Je dis bra... chapeau.

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(Merci à Didier Conrad pour m'avoir fait découvrir Jules)

dimanche 4 octobre 2009

L'Évangile selon Mathieu

M-A. Mathieu, Delcourt, 2009

Cela ne me rajeunit pas mais je suis assez fier de me compter, mine de rien, parmi les plus anciens et fidèles lecteurs de Marc-Antoine Mathieu (frère de Gérard), un auteur (également scénographe reconnu) dont le talent et l'intelligence lui permettent de s'adresser aussi bien au grand public habitué aux surpr super-productions Delcourt (qui édite notamment Julius Corentin Acquefacques, Prisonnier des Rêves, un lointain cousin de Little Nemo, fonctionnaire au ministère de l'humour) qu'à l'exigeant et raffiné lectorat élitiste de L'Association (où il a déjà signé trois "Pattes de Mouches").

Gérard Mathieu et Clotaire Legnîdu
in Le Banni n°1 (février/mars 1988)

Ses premiers récits, très noirs et d'ailleurs déjà tout de noir et blanc z'habillés, assez influencés par Tardi, parurent dans les pages de Marcel/Le Banni, deux éphémères magazines lancés dans la deuxième partie des années 80 par Marcel Coucho (Trade Marque), ancien membre illustre de l'écurie Fluide Glacial dont je regrette toujours amèrement le départ. On peut aussi en rapprocher les histoires, bien que plus crades, du dessinateur Kafka, également présent au sommaire du Banni.

L'unique numéro de Marcel,
qui aurait mérité de concurrencer plus longtemps Fluide Glacial

Deux histoires de cette époque, Octobre Noir (Marcel I, 30-33) et Chez Noël (Le Banni I, 19-23), ont été reprises dans l'album L'Ascension et autres récits, où Mathieu abordait déjà la question du divin, dans un récit-titre commandé en 1994 par les éditions Autrement pour le collectif Le Retour de Dieu.Paris-Mâcon, un autre de ces récits complets (Le Banni III, 34-45), réalisé avec son autre frère Jean-Luc sous le pseudonyme commun Mathieux, est également paru en album à l'italienne dans la Collection X de Futuropolis.


Les quatre planches de Monsieur Hamid (Le Banni II, 6-9) dont l'ambiance rappelle cette fois le blues de Louis Joos ou des premiers Loustal, ne furent reprises que dans le tirage de luxe de l'album Le Début de la Fin/La Fin du Début (J.C.A. tome 4)
Quant à N'Entrez pas Dans le Jardin Fermé (Le Banni IV, 50-56), un récit de sept pages au lavis, co-écrit avec Jean-Luc, il reste toujours inédit en album.


Aujourd'hui, bien que paraissant moins pessimistes (?), les récits de Mathieu demeurent assez sombres. Les cauchemars ont fait place à la rêverie et le dessin, s'il ne s'est pas éclairci -il faut voir Mathieu jouer avec les noirs dans Les Sous-sols du Révolu (pp 20-21)-, est devenu plus personnel, tantôt épuré, tantôt surchargé, mais immédiatement reconnaissable et tout à fait adapté aux mondes kafkaïens peuplés de foules anonymes amassées en troupeaux au pied de constructions stalino-schuiteniennes, dépeints par l'auteur : Brazil et Les Cités Obscures ne sont pas loin.


Aucun paradoxe ne résiste aux raisonnements par l'absurde de M.-A. Mathieu qui nous rappelle, un peu comme le faisait le magazine Pilote de la grande époque ou, dans un tout autre genre, Émile Bravo (également passionné par la science), avec Les Épatantes Aventures de Jules, que l'on peut s'amuser à réfléchir !

Ex-libris en 3-D (à déguster pleinement avec les lunettes anaglyphes !)
pour La 2.333e Dimension, Delcourt, 2004.

Il faut absolument au moins lire L'Origine, le premier tome des rêveries de Julius Corentin Acquefacques dont la faille spatio-temporelle (nous n'en révèlerons pas l'astuce ici) que je pris au premier coup d'œil comme un défaut, faillit me faire rapporter le livre à la librairie
!


Ce n'est d'ailleurs peut-être pas un hasard si, comme Émile Bravo dans La Question du Père (la cinquième aventure de Jules, où l'un des protagonistes n'est autre que le Père... Mathieu !), M.-A. Mathieu, qui se définit comme "agnostique pratiquant", aborde lui aussi le thème de la religion dans son dernier ouvrage.
En convoquant Dieu en personne sur Terre et en confrontant ainsi le divin au réel, il exploite peut-être le paradoxe ultime. Que sortira-t-il de cette rencontre entre cette Entité Spirituelle et les Hommes, croyants ou non, qui ne vont pas tarder à lui demander de rendre des comptes ?

Ex-libris pour Mémoire Morte, Delcourt, 2000.

On l'a bien compris, nul besoin d'être passionné de Mathématiques, de Physique ou de Spiritualité pour savourer ces histoires, car en vérité je vous le dis, c'est bien de notre société matérialiste, consumériste, mondialisée, de plus en plus judiciarisée et hyper-médiatisée jusqu'à l'absurde qu'"Il" est censé avoir créée que Mathieu se joue dans Dieu en Personne.
Il serait regrettable que le format (+- 130 pages), le caractère à priori austère (absence de couleurs) et le prix (commandez-le à la bibliothèque si vous ne pouvez pas dépenser les 17,5 € qu'il mérite cependant) fassent rater cet album aux "novices". Une suggestion pour en minimiser le coût, Mr Delcourt : pourquoi ne pas l'avoir imprimé sur... papier-bible ? Arf ! Arf ! Arf ! Hum.
Bref, heureux ceux qui ouvriront là pour la première fois un bouquin de Marc-Antoine Mathieu car n'est-il pas écrit que "les derniers seront les premiers" ?
Allez, amen et bon dimanche, les z'ouailles.


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Pour en savoir plus :
Tout sur Marc-Antoine Mathieu.
Interview chez Delcourt pour Dieu en Personne.