
Mr López n'a pas été gâté par ses auteurs : effacé, peureux, maladroit, timide, obsédé et donc frustré, physiquement assez disgracieux (il est petit, ventripotent, présente un début de calvitie ; sa petite moustache et ses grandes lunettes ne le mettent pas particulièrement en valeur) et on devine que son sempiternel costume doit embaumer la transpiration et la friture de la cantine. Cet obscur et médiocre employé de bureau est tyrannisé par son patron, doit se battre contre ses requins de collègues et est bien évidemment transparent aux yeux de Leticia, la jolie secrétaire. On espère ne jamais être invité chez les rares connaissances de ce raté, qui est, pour finir, marié à une horrible et énorme mégère qui finit de lui pourrir ses journées en l'humiliant à son retour du travail jusque dans le lit conjugal... Ah si ! Il est également assez malchanceux, comme en témoigne l'hilarant épisode où le poste de télévision tombe en panne juste le soir où son horrible bonne femme a fort envie d'un gros câlin !

Le seul stratagème que l'insignifiant
Mr López a réussi à mettre au point pour échapper à son quotidien misérable quand la pression est trop forte est ... de s'absenter pour aller aux W.C (baños) !

Car dès qu'il a franchi la porte des toilettes, le pathétique
Mr López se réfugie en effet dans d'autres mondes imaginaires, passés, futurs ou parallèles, fantastiques ou de S.F, oniriques ou érotiques, rappelant graphiquement par moment ceux créés par
Mœbius ou
Alberto Breccia. Mais ces rêveries ne permettent à ce trouillard de fuir que temporairement ses problèmes, sans les régler, puisqu'il finit toujours pas revenir d'où il vient au bout des cinq pages qui constituent chacun des épisodes.

D'ailleurs, contrairement à
Little Nemo dont les songes lui permettent de s'épanouir dans de fantastiques aventures au pays de
Slumberland, le pauvre, pauvre, pauvre
Mr López (à côté,
Lampil aurait l'air d'un jeune premier sexy et enjoué...) demeure, malheureusement pour lui, pratiquement aussi médiocre (même s'il s'y montre quelque fois plus sensible et humain) dans ses rêves que dans la réalité. C'est son imagination fertile qui nous le rend finalement sympathique.

Cette série, écrite par l'Argentin
Carlos Trillo pour son compatriote
Horacio Altuna fut créée en 1979 en pleine dictature pour la revue de SF
El Péndulo, avant de passer dans les pages du magazine
Humor où elle fut publiée jusqu'en 1982, date à laquelle le dessinateur partit s'installer en Espagne et où il continue toujours à dessiner
"La Familia Tipus" pour
El Periodico de Catalunya.
On imagine qu'elle devait être un véritable oasis de liberté pour les lecteurs argentins à cette période où la censure étouffait toute création artistique.
"Las Puertitas del Sr. López", qui ont bénéficié en 1988 d'une adaptation cinématographique récompensée au festival Chaplin de Vevey (Suisse), n'ont, à ma connaissance, jamais bénéficié d'une traduction en français... (Pas assez de filles à p... ?)
Pour ne pas risquer la saturation à la lecture de ses rêveries répétées et afin de les savourer pleinement, il convient néanmoins, si vous tombez un jour sur un de ses recueils, de les lire à petites doses, en les piochant selon votre humeur, confortablement assis en un lieu paisible, silencieux, où personne ne viendra perturber votre lecture... Vous voyez ce que je veux dire !
