mercredi 13 mai 2009

Boudins blancs

"Nunc est bibendum !..." (comme dit Mr Dupneu)
Bibendum narguant John Boyd Dunlop et le patron de Continental.

J'apprends à la lecture de l'excellent Klare Lijn International la tenue d'une exposition "Bibendum & Co" à Bruxelles.
L'occasion est trop belle pour sortir de la poussière ces vieilles planches de réclame, au ton orientaliste, réalisées pour l'Imagerie Pellerin d'Épinal respectivement en 1898 et en 1905, par le dessinateur français Marius Rossillon (1867-1946) alias O'Galop-Sonnet, mieux connu sous son pseudonyme O'Galop tout court.


On passe en quelques années
de "belles images illustrées pour la jeunesse"
à un style plus "Pieds-Nickeleste".

C'est d'une pile de pneus, anthropomorphique aux yeux des frères André et Édouard Michelin, et d'un projet d'affiche refusé au dessinateur O'Galop par une brasserie munichoise que naquit en 1898, sous la plume du dessinateur français, le fameux Bibendum terrestre, universellement connu aujourd'hui.
Pourquoi Bibendum ? Tout simplement car sur ce projet d'affiche apparaissait une espèce de Gambrinus, symbole des amateurs de bière, prononçant la locution latine "Nunc est bibendum" ("C'est maintenant qu'il faut boire"), empruntée à une ode du poète romain Horace. Le pneu Michelin, buvant l'obstacle, était représenté par O'Galop portant une coupe remplie de clous et de tessons à ses lèvres.


J'aime le côté franchouillard (pour ne pas dire "gros con") du personnage : fier, vaniteux, suffisant, belliqueux, alcoolo-tabagique et dragueur de gueuses, entre Abraracourcix, Mon Beauf, Ribouldingue, Robert Bidochon ou encore Blotch, le Roi de Paris.


Le concurrent de Gus Bofa parait bien fade,...

... à côté du Bibendum encagoulé par Jean Effel en 1938.

La version de Loustal me laisse indifférent, ...

... en revanche, le gros pépère pervers dégueulasse et frustré d'Avril,
mal à l'aise dans notre société devenue politiquement correcte m'a bien fait rire.

Les illustrations d'O'Galop et de Gus Bofa sont extraites du livre d'Olivier Darmon,
"Le grand siècle de Bibendum",
paru chez Hoëbeke en 1997 (épuisé).

++++++++


Bonus :

La rédaction de ce billet m'a permis d'apprendre qu'O'Galop fut également un des pionniers du dessin animé en France, avec Benjamin Rabier et Émile Cohl. En 1916, la fondation Rockefeller lui commanda ces trois films de prévention contre l'alcoolisme, la syphilis et la tuberculose :




lundi 11 mai 2009

Les Briseurs de Rêves

Le petit Nemo par Winsor McCay
Avec un "C", McCay, vous entendez : un "C", comme dans "cancre" !
Un enfant de cinq ans retiendrait ça !
Bon sang de bonsoir, c'est quand-même pas difficile à comprendre !
Combien de fois faudra-t-il vous le répéter ?!?...
Ah ça, pour envoyer des "textos", ils sont forts les mecs, hein, ils sont forts.
Mais pour écrire McCay correctement, là évidemment y'a plus personne.


Stupeur et consternation, pince-moi, maman : je dois être en train de rêver !
Je découvre sur le site Töpfferiana (où l'on peut admirer les planches dont j'ai tiré les images ci-dessous) que le vétéran Little Nemo in Slumberland, né en 1905 de l'imagination de Winsor McCay (du moins le croyais-je), ma plus grande Bande Dessinée préférée de tous les temps au Top 50 mondial de mon Panthéon personnel à moi, ne serait rien d'autre qu'un vulgaire plagiat. Abasourdissant. Si !

Le petit Lucien par Rip

Le petit Lucien par Job

Et si, finalement, l'art du pompage était inscrit dans les gênes de la BD ?... Bof.
Je tombe des nues, hop.

Little Nemo pompé par Geo McManus, etc, etc...
(in L'intégrale de Little Nemo in Slumberland, vol. IV : 1910-1911,
1990, Zenda)

dimanche 3 mai 2009

Blake is beautiful

To see a world in a grain of sand,
and a heaven in a wild flower,

hold infinity in the palm of your hand,

and eternity in an hour.
(William Blake - "Auguries of Innocence
"
)

Voir l'éternité dans un grain de sable,
le ciel dans une fleur sauvage,
tenir l'infini dans la paume de sa main,
l'éternité dans une heure.


Dans la famille Blake, je connaissais déjà Francis (Mortimer's boyfriend), ainsi que Le Roc, ("il grande", du studio EsseGesse). Il me manquait William (1757-1827), le graveur, peintre et poète romantique londonien, tout ça à la fois.
C'est chose faite depuis que Mme Totoche (qui a toujours bon goût) m'a emmené voir l'exposition consacrée au "Génie visionnaire du romantisme anglais" qui se tiendra au Petit Palais jusqu'au 28 juin.


Si j'avais lu "From Hell" d'Alan Moore et Eddie Campbell, j'aurais su que William Blake, qui y croise le spectre de Jack l'éventreur, y faisait une brève apparition.
Toujours est-il que je me suis esbaudi devant ses images (autant les petits "crobards" que les compositions plus travaillées) hallucinantes, surnaturelles, annonciatrices de l'art fantastique.

The Tyger

Ses livres illustrés sont des merveilles : Blake inventa la technique de l'eau forte en relief, ce qui lui permit de les auto-éditer, gravant non seulement ses dessins qu'il retravaillait ensuite à l'aquarelle et à la plume, mais également ses propres textes. Chaque version est donc unique, comme on peut s'amuser à le vérifier sur le passionnant site consacré à son œuvre (sélectionner une image puis cliquer le bouton "compare"+++).

Europe supported by Africa and America

A Negro Hung Alive by the Ribs to a Gallows

Influencé à ses débuts par l'art gothiques de l'abbaye de Westminster où il fit son éducation artistique, ce contemporain de Füssli retranscrit petit à petit sa propre vision excentrique, iconoclaste, parfois pessimiste, des récits bibliques. Pas étonnant qu'il fut incompris à son époque et qu'il soit adoré - au grand dam des journalistes de "Connaissance des Arts" - par tous les amateurs de Donjons & Dragons et d'héroïc-fantasy.

The great red Dragon and the Woman clothed in Sun

Je le trouve aussi "fou" que Jérome Bosch, mais certains dessins ont également quelque chose de Goya ou de Redon.
By Jove !

extraits de "From Hell"
d'Alan Moore et Eddie Campbell,
éditions Delcourt (2000)


The Ghost of a Flea, réalisé d'après une de ses visions.

(crobard de crobard)