samedi 6 juin 2009

Vito Nervio contre Misterix


Quand je pense qu'à cause de cette couverture ringarde j'ai failli ne pas acheter ce petit recueil d'historietas protégé par un emballage plastique l'an dernier dans un kiosque de Santiago...
Et puis je me suis dis que comme je ne remettrai pas les pieds de sitôt au Chili, c'était peut-être l'occasion de voir à quoi ressemblait ce fameux Misterix dont j'avais vaguement entendu parler.
Pourtant, ce n'est pas le super-héros à la ceinture atomique de l'Italien Alberto Ongaro (scénariste de L'As de Pique et de L'Ombre pour Hugo Pratt) et de l'Argentin Eugenio Juan Zoppi qui allait me créer une des plus belles surprises de ces dernières années, mais - qui l'eut cru ?- le bellâtre aux faux airs de Michel Vaillant, à droite sur la couverture, et dont je n'avais jusqu'à présent jamais entendu parler : Vito Nervio.

La première apparition de Vito Nervio,
par Emilio Cortinas et Mirco Repetto,
paru le 10 octobre 1945


Ce détective argentin (qui devrait son prénom au navigateur argentin Vito Dumas) naquit en 1945 de l'imagination du scénariste d'origine italienne Domingo "Mirco" Repetto et de la plume du dessinateur uruguayen Emilo Cortinas dans le premier numéro de la revue argentine Patoruzito.
Visiblement inspiré des classiques américains, Alex Raymond en tête, bien que le héros évoque également par ses attitudes le Dick Tracy de Chester Gould, le trait de Cortinas est des plus honnêtes, la qualité du dessin me paraissant nettement supérieure à celle de nombreux et banals fumetti de gare, pourtant plus connus.

Mais là où ça devient rigolo, c'est que le 30 octobre 1947, après que l'Argentin Leonardo Wadel eut repris les scénarios, Cortinas, décidant de rentrer au pays, céda à son tour sa place à un jeune compatriote, de trois ans son cadet, alors âgé de vingt-huit ans, un certain... Alberto Breccia !

"El caso del "Kili-Kili-Ussore-Buana"
Alberto Breccia/Leonardo Wadel
Ceci n'est pas un extrait de Tarzan...

... et cela n'est pas une planche de Mandrake !



Après s'être débarrassé de son jeune faire-valoir Martín, Vito Nervio, sans jamais renier son identité de porteño et revenant toujours à Buenos Aires, partira affronter à travers le monde le gang du Triangle vert et la méchante Madame Zabat (en français dans le texte !) dont il est secrètement amoureux, formant ainsi probablement un des premiers couples sado-masochistes de l'Histoire des historietas.


Il est amusant de constater les nettes influences initiales de celui qui, lui-même, inspirera plus tard de nombreux autres pointures du Neuvième Art, comme par exemple José Muñoz ou Frank Miller.

Impressionnante aussi, l'évolution stylistique entre "El caso del "Kili-Kili-Ussore-Buana"", paru en 1952 et "Vito Nervio contra el Triángulo Verde", paru en 1957 et 1958. La trame de ces aventures est certes des plus classiques (cette dernière à un côté très "Charlier"), mais cela n'empêche pas de deviner déjà par moment les prémices des futures audaces graphiques de Mort Cinder, en 1962.

"Vito Nervio contra el Triángulo Verde"
Alberto Breccia/Leonardo Wadel





Breccia et Wadel animeront le personnage jusqu'à la fin des années 50. Une brève reprise, dans un style plus "pop" (que je n'ai pas vu) aura même lieu en 1970, sans rencontrer le succès escompté.

Sauf erreur de ma part, il me semble que ces aventures au charme suranné soient inexplicablement inédites en France, que ce soit en album ou même dans les périodiques. Vito Nervio est même ignoré dans le trop mince catalogue "Historieta - Regards sur la bande dessinée argentine" édité par Vertige Graphic en 2008.
C'est pourquoi je me suis permis de vous présenter ici un peu plus d'images que d'habitude, en espérant que cela ne gênera personne.
Je me suis par ailleurs très largement inspiré pour ce billet des passionnants textes de présentation de ce seizième volume de la salutaire collection Biblioteca Clarín de la Historieta, signés Carlos Trillo et Diego Accorsi.

Liens :
D'autres extraits sont présentés sur le blog de Rotebor, Peripecias de Chiquirritipis.
Bibliographie française, espagnole, italienne et anglaise d'Alberto Breccia.

12 commentaires:

Li-An a dit…

Totoche le spécialiste de la BD avé l'accent.

Totoche Tannenen a dit…

Je suppose que tu veux parler du tilda sur le "N" de Muñoz ? Effectivement, ça me prend à chaque fois un puta de tiempo de retrouver comment on tape ces coññeries.

Hobopok a dit…

El consello del specialsto : coupe et colle sur le sito d'El Pais.

El Totoche a dit…

País

Raymond a dit…

Belle trouvaille ! Il y a même des planches qui ont un petit côté "Buck Danny". On ignore vraiment beaucoup de choses sur la carrière de Breccia.

Je me demande tout de même si cela n'a pas été repris en PF ?

Totoche a dit…

De Wadel et Breccia, il semble qu'on ne trouve que "Le club des aventuriers", traduits dans les numéros 63 à 66 de Whipii ! (Mon Journal-Aventures et Voyages) si j'en crois le blog consacré à la bibliographie en français.
Si tu trouves quelque chose dans le Hop ! n°24, merci de me le signaler, je corrigerais.

C'est amusant que tu parles de la BD de Charlier et Hubinon car en ce moment, je me suis replongé dans les "Steve Canyon" de Caniff, et là, la ressemblance avec Buck Danny et Tanguy et Laverdure est effectivement impressionnante.

Raymond a dit…

Je me rappelle d'une BD de Breccia qui a été publiée dans "Coup Dur" mais mes souvenirs sont assez flous. Il faudra que j'aille regarder les 3 exemplaires que je possède :-)

Totoche Tannenen a dit…

L'avion atomique du Triangle vert, bien que très différent graphiquement, m'a par ailleurs fait penser au F.52 de Chaland et Yann !

Quel éditeur sera assez inconscient pour couler sa boîte en essayant d'adapter en français ces milliers de pages inédites ?

Totoche Tannenen a dit…

... Et le Gang du Triangle Vert au Triangle du Spirou de Fournier !

-oo- a dit…

Tu ne te trompes pas Raymond, si tu lis attentivement la biblio très détaillée que mentionne Totoche, il y a eu "département zéro" de Breccia dans Coup Dur (quelques pages reproduites) mais aussi d'autres séries dans Whipii!, Marouf, Battler Britton... et peut-être d'autres, pour ne parler que des petits formats.

vasco

Totoche Nerveux a dit…

Oui, mais pas de trace de Vito Nervio...

Totoche Tannenen a dit…

Pour en savoir plus sur Wadel et voir comment il collaborait avec Breccia, c'est chez Chiquirritipis .