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vendredi 19 avril 2013

Le Piège diabolique





 François Bourgeon rappelait à Perros que déjà, vers la fin du siècle dernier (Jack Lang était encore ministre), le lobby chrétien étasunien avait obtenu l'interdiction, dans les centres de documentation et d'information des lycées français, d'une poignée de bandes dessinées "sulfureuses". Elles étaient signées Bourgeon, Comès, Sokal, Van Hamme et Rosinski (Le Grand pouvoir du Chninkel)..., que des auteurs à scandale !

 
François Bourgeon - Perros-Guirec - avril 2013

Depuis, grâce à dieu et à Internet le monde a bien changé. Fini de rire : ce sont près de trois mille bandes dessinées "numériques", proposées par la plateforme Izneo, qui ont été jugées "pornographiques" par Apple et qui ont purement et simplement été effacées du jour au lendemain des z'ipades. Et attention, hein ; au programme, que du lourd : Largo Winch, XIII, Blake et Mortimer (Tiens, encore Van Hamme ?)... On n'ose pas imaginer le sort réservé à Titeuf, aux Innommables, au petit Spirou, à Pervers Pépère... Et Alix ? Georges et Louis ? Tif et Tondu ??? Zep et Goossens seraient déjà annoncés pour le festival de Guantanamo...

Alors, j'ai loupé un épisode ou c'est Olrik qui a remplacé Steve Jobs ?

Eh ouais, le monde a peut-être évolué, mais les voies de la connerie elles, demeurent impénétrables. Alors, restons vigilants ! Jetez vos tablettes et lisez des livres. Amen.

Quelques liens :
http://www.telerama.fr/medias/apple-censure-des-bd-jugees-pornographiques,95754.php
http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/04/12/censure-izneo-se-developpe-hors-de-l-ipad_3158824_651865.html

mardi 28 août 2012

Faut pas Pussy




Il y a des filles qui ont encore des couilles.

(avec des images piquées ici et )

samedi 11 août 2012

Rien sur Robert


Non, rien sur l'expo Robert Crumb que je m'étais pourtant décidé à aller voir ce matin après m'être assuré, sur la page du Musée d'Art Moderne, qu'elle était toujours en cours (elle se termine le 19 août).

Seulement voilà, devant le musée, une petite surprise attendait les visiteurs (visiblement, même les hôtesses du Palais de Tokyo -la porte à côté- n’étaient pas au courant).







Tant pis donc pour les couillons qui se sont déplacés, parfois d'assez loin, pour des prunes. Leurs commentaires résument assez bien ma pensée à chaud. Vérification faite ce soir : une pauvre petite ligne, tout en bas de la page d’accueil principale du musée indique effectivement la fermeture exceptionnelle du musée. Sur le site du MAM, c'est comme dans les contrats de Picsou : il faut lire toutes les pages, et surtout les petites lignes !



J'ai donc essayé de me consoler en rentrant avec le beau livre sur Jack Davis, Drawing American Pop Culture, paru cette année chez Fantagraphics. Malheureusement, avec seulement quinze pages de texte, certes bien tassé (plus une douzaine de témoignages de confrères), sur les deux-cent-dix et quelques que compte le bouquin, je suis  un peu resté sur ma faim. Et puis, comme le laissait d'ailleurs suggérer le titre, la part belle est faite au Davis illustrateur, aux dépens du dessinateur de Mad et de Tales from the Crypt. Et comme on a l'impression d'avoir déjà vu une grande partie de ces -somptueuses- illustrations sur internet... Bon, O.K. , le bouquin est très beau mais disons que c'est pas ce que j'attendais...

lundi 23 juillet 2012

Déraillement

Bon, on imagine bien que c'est pas trop son truc, la BD, à Kathleen Evin... Mais elle était pourtant pas mal, son émission du 23 mai 2012, sur La Douce de François Schuiten, bien illustrée par des archives sonores, avec des questions pas trop cons et surtout des réponses lumineuses du dessinateur des Cités obscures...
Et puis 20 secondes avant la fin, on ne sait pas quelle mouche l'a piquée ; patatras, la boulette :
-"Merci infiniment François Schuiten d'être venu nous voir ce soir. C'était un plaisir de parler avec vous, de parler avec l'auteur de cette si belle "b..." j'allais dire "bande dessinée", mais c'est un livre. C'est un vrai livre [...]".

Eh oui, la défense du l... -pardon- de la bande dessinée sur France inter, c'est avec Kathleen. En vain.

samedi 14 juillet 2012

Badmint'Homs

"Homs, sweet Homs"


Après des débats houleux, le grand prix Plan B(d) 2012 de l'humour noir est finalement attribué à Asma el-Assad qui coiffe son compatriote Ali Farzat sur le poteau (d'exécution ?)
Cela dit, je ne suis pas bien sûr, comme chante-t-un certain, qu'elle soit l'avenir de Homs.

mardi 24 avril 2012

Les Voraces


Mille putois ! Ils sont déjà là...



Les Voraces 
Glem/Cauvin 
in Spirou n°2592
Dupuis, 1987

  
 Les Collectionneurs
Jannin/Delporte
Les éditions du Miroir
1984

lundi 13 février 2012

Cocorico


Alors, comme ça, d'après tous ces messieurs-dames bien pensants de l'anti-France, au bout du compte,  toutes les civilisations se vaudraient quand-même (tiens, d'ailleurs combien ça "vaut" une bonne civilisation ?) ? On voudrait nous faire croire que les tambourins des Nabikwara pourraient sérieusement rivaliser avec le Don Giovanni de Mozart ? Ah, je ris !

Mais, nom d'une pipe, bien sûr qu'elle ne se valent pas toutes, les civilisations. Il ne manquerait encore plus que ça ! Les exemples ne manquent tout de même pas dans les livres d'Histoire, dans les livres d'Art... Je ne sais pas moi, tenez par exemple, rien que pour parler du Neuvième, un simple coup d’œil au palmarès des Grand Prix du festival international de la bande dessinée d’Angoulême suffit à démontrer l'évidence : ce n'est tout de même pas un hasard si sur 45 lauréats, on retrouve 35 Français (77,78 %) pour seulement 4 Belges (8,89 %), 3 Étasuniens (6,67 %), 1 Italien, 1 Suisse et 1 Argentin qui passait par là (2.22 % chacun -voir camembert- et encore parce qu'on a été sympas). Alors ??? C'est qui les meilleurs ? Ils sont où les Nabikwara ? Ah, ils font moins les malins, les mecs ! Eh ouais, il faudrait peut-être se sortir les plumes du cul, les gars : on n'est pas dans Les Dieux sont tombés sur la tête ici, l'Alfred ne va pas vous tomber pas tout chaud dans les bras, comme un don du ciel.
Non mais qu'est ce qu'il leur faut de plus comme preuve ?
Allez j'arrête, parce que toute cette mauvaise foi, moi ça m'énerve.

lundi 5 septembre 2011

Contre la BD

Entendu hier (4 septembre) à l'émission Le Masque et la plume de Jérôme Garcin, de la bouche du sombre critique Éric Neuhoff, expliquant pourquoi le film Cowboys et envahisseurs, visiblement adapté d'une BD US, était mauvais : "J'ai rien contre la BD mais c'est quand même pas le genre littéraire le plus lumineux". Ben voyons, C.Q.F.D. ...
Bon, on se calme : un type qui est "écrivain" pour Madame Figaro doit forcément s'y connaitre en daube.

jeudi 25 août 2011

Tueur en Syrie


Je n'avais jamais entendu parler du caricaturiste syrien Ali Farzat (pour tout dire, je ne savais même pas qu'on avait le droit de faire des caricatures ou de l'auto-stop dans ce pays) jusqu'à ce que de mystérieux agresseurs, qui n'avaient semble-t-il pas apprécié un de ses derniers cartoons (cf supra), aient la bonne idée de le passer à tabac, lui pochant les yeux et lui brisant les mains.
S'ils comptaient le faire taire, c'est pour l'instant raté :

http://animals-theblog.blogspot.com/2011/08/politica-e-fumetto.html
http://fumiefumetti.blogspot.com/2011/08/guerra-e-fumetti-ali-ferzat.html
http://palestinianpundit.blogspot.com/search?q=ali+ferzathttp://www.cartooningforpeace.org/3934/ferzat
http://syrie.blog.lemonde.fr/2011/08/25/le-caricaturiste-ali-farzat-enleve-et-blesse-par-des-moukhabarat/http://www.rfi.fr/moyen-orient/20110825-syrie-caricaturiste-tabasse-blesse-mains-une-villageoise-tuee
http://blogs.mediapart.fr/blog/michele-dorais/250811/le-dessin-qui-tue-hommage-ali-ferzat
http://www.guardian.co.uk/world/2011/aug/25/syria-cartoonist-ali-ferzat-beaten
http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-14665113
http://blogs.aljazeera.net/liveblog/Ali-Ferzat
http://www.journalmetro.com/monde/article/951869--le-caricaturiste-syrien-ali-ferzat-s-est-fait-briser-les-mains
http://www.washingtonpost.com/blogs/blogpost/post/syrian-security-forces-break-hands-of-political-cartoonist-ali-ferzat/2011/08/25/gIQAmF9idJ_blog.html
etc.
Le site d'Ali Farzat (ou Ferzat) est curieusement en dérangement en ce moment. Il faut pourtant aller se rendre compte de son immense talent, de son humour, de sa liberté de ton et de son courage extraordinaire à cette adresse : http://creativesyria.com/farzat.htm.

Voici aussi quelques cartoons glanés sur la toile :








******

 Sinon, le dessinateur Égyptien Magdy El Shafee a le droit à une expo à Ancône et va être publié, toujours en Italie, dans l'immanquable revue ANIMAls.

samedi 2 juillet 2011

Plan Q


Dernier appel pour les bédéphilocallipygeophages : l'expo L'œil amoureux, dédiée au Québécois Jimmy Beaulieu, se termine aujourd'hui-même chez PMJ, à la Galerie Oblique (cachée dans le village Saint-Paul, à hauteur du Thanksgiving, le meilleur resto cajun de Paris) avant de céder la place à Stanislas qui viendra passer un dernier coup de vernis le 5 juillet.

 J'ai chopé le n°58/75 du dernier Colosse, et vous ?


Passée cette date, pour bouffer du cul, il faudra aller sur les quais où les filles de Manara tapinent en ce moment chez Daniel Machin (d'ailleurs, ça me troue le mien d'annoncer ça ici).


Tiens ? Non ; ça se termine aussi aujourd'hui ! Ah, le commerce, c'est tout un art...


Dis, tu me fais un prix, Jimmy ?

vendredi 1 juillet 2011

URGENT : un message des éditions Dargaud

Si vous êtes abonnés à la lettre de diffusion de Canal BD, sans doute avez-vous, vous aussi, reçu ces jours-ci ce message surréaliste  :


Oui, vous avez bien lu : "L'éditeur s'engage à poursuivre les séries (...) jusqu'au dénouement de leur intrigue. Elles ne s'arrêteront donc pas en cours de route"...

Ouille, on sent que ça leur fait mal chez Dargaud, hein ! Cette fois-ci, c'est vraiment la crise, alors ???  Brrr, je sais pas vous, mais moi, ça me fout carrément la trouille.
Waf ! On croit rêver !
Mais que les pigeons se rassurent tout de suite, on ne les oublie pas : cela ne concerne QUE "les séries soutenues dans le cadre de cette opération". Ouf ! Rassurés ?

Et vous, amis lecteurs : comment faites-vous face à la crise  ?
a- J'attends que tout sorte en intégrale avec le beau dossier (et le ruban).
b- Je lis les BD à la Fnac.
c- Je n'achète plus que des one-shots.
d- Je ne lis plus de BD, de toutes façons, il n'y a plus de place dans la bibliothèque.

lundi 25 avril 2011

Pan sur le Schtroumpf

 Bon. Je vous avais épargné le classique "Les Aigles décapités", lu dans le Télégramme de Brest la semaine dernière, tellement banal que même plus drôle.


En revanche, l'article sur les Schtroumpfs de Pierre Vavasseur, paru dans Le Parisien ce dimanche 24 avril, m'a paru plus rigolo. Schtroumpfez-en par vous-même :


Boâh, sans doute aura-t-il aura confondu avec Le Chat du rabbin...

-Mrrraaaw

mercredi 9 mars 2011

Aventure en noir


 Ne passant plus guère dans les rayons de la Fnac, cet album de Conrad m'avait complètement échappé. Heureusement, Facebook et les amis de Didier veillent !
(le bruit court que l'adaptation serait de Jean Yann)

lundi 31 janvier 2011

Les c(r)oquillards

Dans son dernier billet en date, c'est au tour de notre camarade Pat Rik de pester contre le "je-m'en-foutisme" supposé mais désormais légendaire des éditions du Lombard pour leurs "intégrales".
Mis en cause cette fois-ci par notre confrère : l'à-peu-près-tisme dans la reproduction des couleurs ainsi que le minimum-syndicalisme apporté à la rédaction du dossier accompagnant la réédition des enquêtes du Colonel Harold Wilberforce -Héron Mélomane- Clifton.
 En 2006 déjà, Oncle Cornélius nous régalait d'un mémorable billet sur le saccage, à la même enseigne, de l'œuvre de Raymond Macherot. Il répondait à celui de Du9 qui faisait lui-même référence à un article de la revue Critix dénonçant, dès 1998, le travail d'un "mauvais tâcheron" (sur une réédition de 1970, soit).


En 1982, après avoir cassé ma tirelire et longtemps réfléchi, je décidais enfin de m'offrir pour la coquette somme de 32 F (= 9.92 € actuels) la première version de cette intégrale (la rouge), parue l'année précédente, qui me faisait tant rêver.


Je me souviens qu'un doute m'avait alors brièvement assailli (bien entendu : pas question de googueuliser à l'époque) en découvrant le nom de son auteur sur la tranche : le chef d'œuvre que je tenais entre mes petites mains toutes moites d'émotion était-il bien du même mec qui dessinait les Sibylline, Chlorophylle et autre Chaminou ?
 Ou bien n'étais-je que l'innocente victime du "je-m'en-foutisme" d'un "mauvais tâcheron" ?

mercredi 26 janvier 2011

Blague coquine

 Un petit billet, pour une fois sans image (désolé, pas de pin-up de Dany pour ce coup-ci...), pour venir en écho à celui, désormais sans texte, du Comix Pouf, salutaire blogue satirique (rappelez vous : Grand Prince), chaudement recommandé pour son regard "différent", engagé et toujours drôle sur le neuvième art.
 La dernière parodie du Comix Pouf n'a en effet visiblement pas fait rire sa victime, un petit éditeur belge, pourtant a priori spécialisé dans la "BD humoristique", qui, pour remercier nos confrères de s'être gracieusement chargés, certes à leur manière, de la promotion de ce prochain succès -n'en doutons pas- en librairie, n'a rien trouvé de mieux que de brandir la menace d'un procès (lire ici). Eh oui : comme au bon vieux temps de Pasqua, Pompidou ou Louis-Philippe !

Si les artistes et les lecteurs sont généralement assez intelligents pour comprendre et apprécier l'art du pastiche, il semble que les marchands, qui pensent qu'avec leurs gros sous la toile leur appartient aussi (j'ai déjà testé aussi, merci), n'en ont quant à eux jamais entendu parler.

- Alors, question : peut-t-on encore, en 2011 (année de l'exposition Parodies, la bande dessinée au second degré à Angoulême), exercer en France la caricature sans risquer de se retrouver, à chaque pique, au tribunal ?

-Réponse : ... Hum... Euh... Brrm... :  Joker !


Aux dernières nouvelles, Grospatapouf serait toujours en train de ruminer, assis sur sa bite.

(Heureusement, Big Brother a de la mémoire)

dimanche 24 octobre 2010

Femme Blanche, Griffe Noire et Cartons Jaunes


Après Saint-Malo, excursion le week-end dernier sur les bords de la Marne, à Saint-Maur-des-Fossés, où Thierry Chavant, récemment interviewé par nos confrères de l'excellent Plan B(d), avait carte Blanche (Ha ! Ha !) pour rencontrer ses lecteurs au rayon BD bien achalandé de La Griffe Noire, dans une ambiance feutrée, à peine troublée par un téléviseur diffusant en boucle les dessins animés de Captain Biceps.
à repasser au feutre avant de mettre en vente sur ebay

C'était l'occasion de découvrir cette librairie généraliste engagée et particulièrement motivée si l'on en croit l'hallucinant amoncellement de panonceaux criards vantant les qualités de ses non moins innombrables coups de cœur, disséminés dans le moindre recoin. Probablement une sorte de record en la matière. C'est bien simple : on ne voit parfois même plus les bouquins en-dessous !

" Tiens. Prends ça dans ta face ! 
Captain Biceeeeps !!! "

Tiens bon, Thierry : la résistance s'organise !

******

Bonus Griffe Noire : ex-libris de Meynet pour... La Griffe Noire.


jeudi 30 septembre 2010

Rectangle rouge

(juste une question d'éthique...)


 Extrait du livre d'entretiens avec Thierry Bellefroid, Les Éditeurs de Bande Dessinée, paru chez Niffle en 2005 :

Thierry Bellefroid : -"Comment gère-t-on les échecs avec les auteurs, lorsque ça arrive ?"
Guy Delcourt : -"Pour les auteurs, c'est très dur d'essuyer un échec. Et là, c'est le rôle de l'éditeur de rebondir. Avec une première obligation, à mon sens, qui est de ne pas lâcher un récit en cours de route. C'est une question d'éthique. Si on a prévu une histoire en trois volumes et qu'au bout du premier, ça ne se passe pas bien, il faut pourtant continuer. C'est un devoir envers l'auteur et l'éditeur (...)" 

Ça en jette, non ?

Guy Delcourt tranche sur Blanche

Après la théorie, je propose que nous passions maintenant à la pratique, si vous le voulez bien, en suivant ce lien. (Âmes sensibles s'abstenir)

dimanche 26 septembre 2010

Archi décevant

13, rue del Percebe
Francisco Ibañez
Ediciones B

- Ooooh, tiens : une maison !
- Là : une autre !
- Oh le bel immeuble de Chaland ! Allez, on le met aussi !
- Qui ça ? Ah ouais, pas bête... Mais on n'en a pas en magasin. Pas grave, on mettra des photocopies...


Grosse déception donc, avec cette expo Archi & BD, la ville dessinée qui m'a plus donné l'impression d'une collection d'un peu tout ce que les commissaires avaient en stock plutôt que d'une réelle adaptation de planches à leur propos, par ailleurs plus que succinct.
En fait, j'exagère : il faut reconnaître que cette expo met aussi en valeur d'excellentes photocopies-couleur (apparemment on dit désormais "impressions numériques") pour combler le matériel manquant.
Des photocopies-couleur !
Non, mais imagine-t-on une expo au Grand Palais sur Monet, Van Gogh ou Picasso avec des photocopies-couleur ? Est-ce ainsi que l'on compte élever la bédé au rang de neuvième art ? Hein ? Ho ! Hé, dites, non mais sans blague.

Déjà, le thème est très vaste. Ah, ça c'est sûr que dans toute BD on va bien finir par trouver un héros qui habite dans une maison, située dans une rue, elle-même dans une ville (et s'il habite à la campagne, ça compte quand-même ?). Est-ce que toutes ces belles images ont bien un intérêt "architectural" ? Je n'en ai pas été convaincu.
Trop vaste ? Et encore, en entrant devant la fresque monumentale d'Olislaeger (quelqu'un peut-il me rappeler ce qu'il a fait en BD ?), on comprend qu'il n'y aura pas de village gaulois, de cité romaine ni de villes-fantômes (ce sont les copains alixophiles qui vont tirer la tronche) : si la BD commence au début du siècle, les commissaires de l'expo ont étonnamment décidé que cela devait aussi être le cas de l'architecture citadine. Pourquoi pas. Mais alors ne fallait-il pas plutôt parler d'"architecture moderne" ?

Dōmu-Rêves d'enfants, Katsuhiro Otomo, Humanos,
Curieux choix également de regrouper ensuite cette exposition autour de New York -il faudrait arrêter un jour de foutre le 11 septembre à toute les sauces-, Paris et Tokyo.
Bon, les "cartes postales" des quartiers lointains de Taniguchi, je veux bien, m'enfin, n'aurait-il pas été plus intéressant de s'intéresser aux barres de HLM inhumaines qu'Otomo nous montre dans Dōmu ?
Le survol de que quelques autres grandes villes comme Londres (qu'est-ce que Jack l'éventreur a à voir avec l'architecture ?) ou Johannesbourg (dans mon souvenir,dans Bienvenue à Jobourg, Rabaté n'en montrait justement quasiment rien) n'a rien de passionnant. Je dois dire que je ne me souviens même plus si la Buenos Aires de Muñoz est représentée dans l'expo. Heureusement, Chicago est sauvée par Chris Ware.
Quant aux Belges, ils n'auront qu'à faire leur propre expo rue des Sables s'ils veulent qu'on voie de Bruxelles autre chose que l'Atomium... Peut-être les commissaires ont-ils estimé qu'il s'agissait d'une ville secondaire dans l'histoire du neuvième art ? Ridicule.

Déçu aussi quant au traitement de l'architecture futuriste. Si les cités-puits imaginées par Tsutomu Nihei dans Blame ! sont absentes, il semble que celles, paradisiaques à côté, de bius soient bien montrées (la mémoire me fait défaut : je dois avouer que cela fait un moment que j'ai visité l'expo et que j'ai préféré ne pas rédiger ce billet à chaud), mais je n'ai pas de souvenir que la faisabilité ou leprojet de telles cités soit développées.
Dommage également d'ignorer l'étouffante Anderville de Cavazzano et Faraci qui nous montre que même une idyllique Mickeyville peut se transformer en infernale Gotham City si ses habitants l'abandonnent aux mains de promoteurs véreux et d'architectes dingues ?
Enfin, le sujet est si vaste qu'il faudrait une expo à part.



Masamune Shirow 
Appleseed-Book two-Prometheus Unbound 
Eclipse international, 1990

Où sont les délires architecturaux que l'on trouve en ouvrant n'importe quel manga (ah si : il y a bien une planche d'Urasawa pour sauver l'honneur) ? Et d'ailleurs où sont les mangas ? Restés bloqués, à part quelques rares exceptions, à Bruxelles, eux-aussi ?
Quant aux écrasants Schuiten et Peeters, ils auraient, là-encore, évidemment mérité une expo à eux-seuls...

Yukito Kishiro : la Cité volante de Zalem surplombant la ville-décharge de 
Kuzutetsu dans Gunnm (Glénat)



Blame ! 2, Tsutomu Nihei, éd. Glénat
Ne revenons pas sur la mise en scène, hideuse ("À chier & BD ?") (d'autres s'en sont déjà chargés). Est-elle à l'image de ce que ces "cons d'architectes" (ce n'est pas moi qui le dit, c'est Reiser) nous préparent pour demain ? Mais tout de même : quel est l'intérêt de rétro-éclairer des planches de BD, à part peut-être pour en voir les bouts de scotch et autres tâches d'encre au verso, d'en faire pâlir l'encrage ?
Je n'ai d'ailleurs toujours pas compris si le clignotement des néons était un effet voulu pour donner une ambiance de parking souterrain ou non ?








Allez, on termine par un bon point avec certains ateliers de la deuxième partie de l'expo comme
- Reiser et les cons -donc- d'architectes,  
- Golo et les vue panoramiques en hommage à l'art du sandouk-el-dounia cairote,
- la Maison de Verre de Pierre Charreau admirablement interprétée par Avril, Ted Benoit, Götting, Juillard et Loustal,
- celle, non moins superbe des Garde-Fous d'Olivier Bézian, le frère de Frédéric.
Quant au musée Rodwell de Louvain-la-Neuve, on rappelle bien que Joost Swarte en a dessiné l'architecture intérieure, mais on n'en verra hélas que la maquette de... Christian de Portzamparc !


En tant que visiteur "passablement averti" comme dirait l'autre, je suis donc hélas certainement "passé à côté" de cet expo... Heureusement, tout le monde ne partage pas mon avis. Que cela ne vous dissuade donc surtout pas d'aller vous forger le vôtre à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine avant le 28 novembre (8 € l'entrée, 5 pour les héros sans emploi) et de nous faire part de vos impressions, même si elles ne sont pas numériques.

 
Une scéno qui touche le fond ?

(N.B. : hormis la chute de Difool, aucune des illustrations de ce billet ne figure à l'expo)