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samedi 16 novembre 2013

Le coffre à BD

Totoche par Jean Tabary in Vaillant

Question clins d’œil, il n'y a guère que Mr Thanagra qui puisse rivaliser avec Elouarn... Allez, tant pis : je prends le risque en relançant d'un Totoche, tout droit issu de la collection de Vaillant de Raymond !

 ***

Et re-belote :
Pif à La Foire du Trône, par Cavazzano et Corteggiani

samedi 20 juillet 2013

Donaldville, ton univers impitoyable


"Les financiers d'aujourd'hui lisaient-ils des bandes dessinées dans leur jeunesse ?" me demandait-on récemment dans les commentaires.
Bonne question... On pourrait d'ailleurs également se demander si certaines de ces BD n'auraient pas pu faire naître quelques vocations : bien avant Largo Winch et IR$, l'oncle Picsou ne nous donnait-il déjà pas des conseils pour faire fructifier notre argent de poche ? Après le Manuel des Castors Juniors, le Manuel du bricolage de Géo Trouvetou et les Recettes de Grand-mère Donald, on n'a étrangement jamais eu droit au Guide de la finance de l'oncle Picsou ! Je me souviens pourtant de ma première leçon d'économie parallèle, apprise en 1978 dans le n°1363 de Mickey Parade qui publiait Une île à éclipse pour Picsou ! un court récit de Rodolfo Cimino, superbement illustré par Giorgio Cavazzano.

Il était grand, il était beau.
Il sentait bon son Lugano,
Mon milliardaire.

Effrayé d'avoir des comptes à rendre au nouveau directeur des contributions de Donaldville, l'oncle Picsou renonçait in extremis à se pendre pour transférer -sur les conseils de son conseiller financier- l'ensemble de sa fortune dans un paradis fiscal. Bel exemple pour la jeunesse, hein ? C'est certainement pas dans Pif qu'on aurait lu ça...

Je vous passe les détails, mais après bien des péripéties (catastrophe écologique, abus de confiance, prise d'otages, acte de piraterie, blocus militaire, affamement et assoiffement avant condamnation aux travaux forcés des Rapetou, incitation à la consommation d'alcool avec comas éthyliques à la clé...), la morale sera respectée et le pognon, qui avait été détourné, finira par regagner les coffres de l'oncle, tout étant bien qui finit toujours bien dans le chouette monde de la finance... Édifiant !

Petit résumé en images pour ceux qui auraient loupé ou oublié ça :











jeudi 9 mai 2013

Maus (und Ente)


S'il est un domaine où les Allemands sont en avance sur nous, c'est bien celui des bandes Disney. Comme en Italie, cela fait des années qu'on trouve outre-Rhin des anthologies dédiées aux auteurs disneyens, ce qui ne les empêchent pas d'éditer à côté des recueils thématiques, probablement plus "commerciaux".


En France, les beaux livres édités jadis par Hachette et Dargaud sont épuisés depuis belle lurette et ce n'est que tout récemment que Glénat a entrepris d'éditer des collections dédiées à Carl Barks, Floyd Gottfredson (avec des couleurs définitivement "incompatibles" pour moi, m'ayant fait préférer l'intégrale Fantagraphics, plus fidèle, en noir et blanc mais en anglais), puis Don Rosa. L'éditeur grenoblois semble pour l'instant privilégier les compilations à thèmes, exception faite de l'intégrale Dragon Lords de Giorgio Cavazzano et Byron Erickson, qui bénéficie pour l'occasion d'une couverture vraiment hideuse. Espérons qu'il ne tarde pas trop pour s'inspirer de l'éditeur allemand Ehapa/Egmont en dépoussiérant enfin les trésors de Daan Jippes, Massimo de Vita, Romano Scarpa... Et, pourquoi pas, peut-être un jour de Corrado Mastantuono, Claude Marin, Pierre Nicolas...

dimanche 26 septembre 2010

Archi décevant

13, rue del Percebe
Francisco Ibañez
Ediciones B

- Ooooh, tiens : une maison !
- Là : une autre !
- Oh le bel immeuble de Chaland ! Allez, on le met aussi !
- Qui ça ? Ah ouais, pas bête... Mais on n'en a pas en magasin. Pas grave, on mettra des photocopies...


Grosse déception donc, avec cette expo Archi & BD, la ville dessinée qui m'a plus donné l'impression d'une collection d'un peu tout ce que les commissaires avaient en stock plutôt que d'une réelle adaptation de planches à leur propos, par ailleurs plus que succinct.
En fait, j'exagère : il faut reconnaître que cette expo met aussi en valeur d'excellentes photocopies-couleur (apparemment on dit désormais "impressions numériques") pour combler le matériel manquant.
Des photocopies-couleur !
Non, mais imagine-t-on une expo au Grand Palais sur Monet, Van Gogh ou Picasso avec des photocopies-couleur ? Est-ce ainsi que l'on compte élever la bédé au rang de neuvième art ? Hein ? Ho ! Hé, dites, non mais sans blague.

Déjà, le thème est très vaste. Ah, ça c'est sûr que dans toute BD on va bien finir par trouver un héros qui habite dans une maison, située dans une rue, elle-même dans une ville (et s'il habite à la campagne, ça compte quand-même ?). Est-ce que toutes ces belles images ont bien un intérêt "architectural" ? Je n'en ai pas été convaincu.
Trop vaste ? Et encore, en entrant devant la fresque monumentale d'Olislaeger (quelqu'un peut-il me rappeler ce qu'il a fait en BD ?), on comprend qu'il n'y aura pas de village gaulois, de cité romaine ni de villes-fantômes (ce sont les copains alixophiles qui vont tirer la tronche) : si la BD commence au début du siècle, les commissaires de l'expo ont étonnamment décidé que cela devait aussi être le cas de l'architecture citadine. Pourquoi pas. Mais alors ne fallait-il pas plutôt parler d'"architecture moderne" ?

Dōmu-Rêves d'enfants, Katsuhiro Otomo, Humanos,
Curieux choix également de regrouper ensuite cette exposition autour de New York -il faudrait arrêter un jour de foutre le 11 septembre à toute les sauces-, Paris et Tokyo.
Bon, les "cartes postales" des quartiers lointains de Taniguchi, je veux bien, m'enfin, n'aurait-il pas été plus intéressant de s'intéresser aux barres de HLM inhumaines qu'Otomo nous montre dans Dōmu ?
Le survol de que quelques autres grandes villes comme Londres (qu'est-ce que Jack l'éventreur a à voir avec l'architecture ?) ou Johannesbourg (dans mon souvenir,dans Bienvenue à Jobourg, Rabaté n'en montrait justement quasiment rien) n'a rien de passionnant. Je dois dire que je ne me souviens même plus si la Buenos Aires de Muñoz est représentée dans l'expo. Heureusement, Chicago est sauvée par Chris Ware.
Quant aux Belges, ils n'auront qu'à faire leur propre expo rue des Sables s'ils veulent qu'on voie de Bruxelles autre chose que l'Atomium... Peut-être les commissaires ont-ils estimé qu'il s'agissait d'une ville secondaire dans l'histoire du neuvième art ? Ridicule.

Déçu aussi quant au traitement de l'architecture futuriste. Si les cités-puits imaginées par Tsutomu Nihei dans Blame ! sont absentes, il semble que celles, paradisiaques à côté, de Mœbius soient bien montrées (la mémoire me fait défaut : je dois avouer que cela fait un moment que j'ai visité l'expo et que j'ai préféré ne pas rédiger ce billet à chaud), mais je n'ai pas de souvenir que la faisabilité ou leprojet de telles cités soit développées.
Dommage également d'ignorer l'étouffante Anderville de Cavazzano et Faraci qui nous montre que même une idyllique Mickeyville peut se transformer en infernale Gotham City si ses habitants l'abandonnent aux mains de promoteurs véreux et d'architectes dingues ?
Enfin, le sujet est si vaste qu'il faudrait une expo à part.



Masamune Shirow 
Appleseed-Book two-Prometheus Unbound 
Eclipse international, 1990

Où sont les délires architecturaux que l'on trouve en ouvrant n'importe quel manga (ah si : il y a bien une planche d'Urasawa pour sauver l'honneur) ? Et d'ailleurs où sont les mangas ? Restés bloqués, à part quelques rares exceptions, à Bruxelles, eux-aussi ?
Quant aux écrasants Schuiten et Peeters, ils auraient, là-encore, évidemment mérité une expo à eux-seuls...

Yukito Kishiro : la Cité volante de Zalem surplombant la ville-décharge de 
Kuzutetsu dans Gunnm (Glénat)



Blame ! 2, Tsutomu Nihei, éd. Glénat
Ne revenons pas sur la mise en scène, hideuse ("À chier & BD ?") (d'autres s'en sont déjà chargés). Est-elle à l'image de ce que ces "cons d'architectes" (ce n'est pas moi qui le dit, c'est Reiser) nous préparent pour demain ? Mais tout de même : quel est l'intérêt de rétro-éclairer des planches de BD, à part peut-être pour en voir les bouts de scotch et autres tâches d'encre au verso, d'en faire pâlir l'encrage ?
Je n'ai d'ailleurs toujours pas compris si le clignotement des néons était un effet voulu pour donner une ambiance de parking souterrain ou non ?








Allez, on termine par un bon point avec certains ateliers de la deuxième partie de l'expo comme
- Reiser et les cons -donc- d'architectes,  
- Golo et les vue panoramiques en hommage à l'art du sandouk-el-dounia cairote,
- la Maison de Verre de Pierre Charreau admirablement interprétée par Avril, Ted Benoit, Götting, Juillard et Loustal,
- celle, non moins superbe des Garde-Fous d'Olivier Bézian, le frère de Frédéric.
Quant au musée Rodwell de Louvain-la-Neuve, on rappelle bien que Joost Swarte en a dessiné l'architecture intérieure, mais on n'en verra hélas que la maquette de... Christian de Portzamparc !


En tant que visiteur "passablement averti" comme dirait l'autre, je suis donc hélas certainement "passé à côté" de cet expo... Heureusement, tout le monde ne partage pas mon avis. Que cela ne vous dissuade donc surtout pas d'aller vous forger le vôtre à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine avant le 28 novembre (8 € l'entrée, 5 pour les héros sans emploi) et de nous faire part de vos impressions, même si elles ne sont pas numériques.

 
Une scéno qui touche le fond ?

(N.B. : hormis la chute de Difool, aucune des illustrations de ce billet ne figure à l'expo)

jeudi 23 septembre 2010

Je dis MMMM

 Anderville
Tito Faraci/Giorgio Cavazzano
The Walt Disney Company
1999

 Miracolo ! Tout arrive à qui sait attendre : peut-être (?) précipité par l'arrivée annoncée de Glénat dans l'exploitation des BD-Disney, Mickey Mouse Mystery Magazine débarque enfin en France, plus de dix ans après sa parution initiale de l'autre côté des Alpes ! Car comme son nom ne l'indique pas, cette mini-série est un pur produit de l'équipe Disney-Italie.
 C'est en effet Tito Faraci qui eut l'idée d'écrire en 1999 cette rafraichissante parodie de pulp mettant en scène un Mickey-Marlowe à la recherche de son ancien camarade de fac pas très clair, porté disparu dans la sinistre, étouffante et crasseuse Anderville. Mickey retrouvera-t-il son ami ? Échappera-t-il aux balles des truands ? Résistera-t-il au charme des petites souris de Cavazzano ?
Bon, la trame, on s'en fout un peu : car plus proche de Gotham-City que de Mickeyville, c'est la mégalopole imaginée graphiquement par Giorgio Cavazzano qui est, ne nous y trompons pas, la véritable héroïne de la série.

Vera Ackerman 

La lecture s'effectue à différents degrés : alors que les petits se délecteront d'une nouvelle aventure -certes un peu curieuse- du "Topo", les plus âgés s'amuseront à repérer au fil des pages les multiples et savoureuses références au genre -que ce soit au cinéma hollywoodien ou au roman noir-, ainsi que les clins d'œil aux autres univers disneyens et au neuvième art en général.
 
Patty Ballestreros

Il paraît que pour ne pas trop décontenancer les bambini, les auteurs auraient été priés de faire comme si chaque épisode n'était qu'un film dans lequel Mickey était acteur et auquel il assistait par ailleurs à la projection au cinéma !


 couv' d'Alessandro Perina et Andrea Cagol 
pour MM #11-Small World 
de Francesco Artebani et Silvio Camboni
mars 2001

 Douze épisodes sur lesquels se relayèrent plusieurs scénaristes, dont Francesco Artibani et une dizaine de dessinateurs, tous transalpins, parurent tout de même entre mai 1999 et mars 2001 sous la forme de comics aux couvertures panoramiques vendus, comme les autres fumetti, en kiosques. Ils furent réunis dans un coffret et les trois premiers épisodes bénéficièrent même d'une belle édition en album cartonné, numéroté.


couverture de Corrado Mastantuono pour MM-Le Origini 
The Walt Disney Company Italia, 1999

C'est donc l'épisode pilote (# 0) sobrement intitulé Anderville et génialement illustré par Giorgio Cavazzano qu'il ne faudra louper sous aucun prétexte ce mois-ci dans le n°159 de Super Picsou Géant (je sais : après Jade, ça doit vous faire bizarre). Corrado Mastantuono signe la couverture et Claude Marin ainsi que Romano Scarpa -avec une de ses toutes dernières histoires- figurent également au sommaire. Si avec ça je ne vous l'ai pas vendu (4,20 €), c'est à désespérer...


Je tâcherai de vous faire une piqûre de rappel quand paraîtra l'épisode #7 (le 8e, donc), dessiné par Corrado Mastantuono.

 ******

Bonus : pub/affiche de Mastantuono dans MM # 11 :


Les fans de Marin et de Cavazzano doivent se rendre de toute urgence sur le tout récent et très instructif blogue de François Corteggiani, véritable mine de belles images.

lundi 5 juillet 2010

MM le Motti


Michel Motti s'est discrètement éclipsé à la fin de l'année dernière.
Né en 1934, cet ancien professeur de dessin avait rejoint Yannick, Louis Cance (rédacteur en chef du fanzine Hop !) et Roger Mas à Pif-Gadget en 1969 avec pour tâche d'y rénover les aventures du chien jaune apparu en 1948 dans L'Humanité, et ce au grand dam de Richard Médioni, l'ancien rédac' chef de la "période rouge".

La Fabuleuse Histoire de Pif

Chargé d'y coacher les petits nouveaux, de Patrice Croci à Giorgio Cavazzano en passant par François Dimberton et François Corteggiani, c'est surtout associé avec Jacques Tabary (le frère de l'autre) qui encrait ses crayonnés, que l'on retrouve sa signature.


C'est ainsi qu'apparurent dans les années 70-80 toute une galerie de personnages secondaires tel l'imposant Pr Belpomme, un des rares héros négroïdes du Neuvième Art, et que Pif et Hercule -au lieu de se foutre sur la gueule comme des cons- partirent tel un Spirou contre Le Triangle, un Mickey contre le Fantôme Noir, un G. W. Bush contre Rastap... Al-Qaïda, lutter contre l'Axe du Mal, incarné ici par l'infâme Krapulax (et son Mini-Me).


Motti ne reniait néanmoins pas les origines de Pif. Il signa même, avec le très bel épisode Monsieur Paparnal, un vibrant hommage à son créateur, l'Espagnol José Cabrero Arnal.

Monsieur Paparnal,
Michel Motti,
in La Fabuleuse Histoire de Pif

C'est à Motti qu'incombait la responsabilité d'illustrer les couvertures des hors-séries Super et Spécial Comique de Pif. Sa virtuosité et sa capacité de mimétisme lui permettaient notamment de signer les superbes "cross-over" qui me rendaient baba.


Motti avait lui aussi brièvement participé à l'épopée du magazine Spirou dans les années 60 en imaginant notamment, lorsque Johan et Pirlouit se faisaient attendre, les fantaisistes aventures médiévales du Petit Roy Prosper dont certains personnages m'ont rappelé, amusé, les aventures bien ultérieures de Gully.

Spirou n°1765 et 1766

Cette réminiscence du Petit roi Ibello, créé un peu plus tôt pour Le Journal des Pieds-Nickelés se métamorphosera une nouvelle fois pour Pif Gadget en Zigomar II (rien à voir avec celui des Pieds-Nickelés, cette fois-ci) le temps d'un épisode !


Pif Super Comique n°2

Le Petit Roy Prosper n'eut pas d'album et je crois que Motti termina sa carrière au Journal de Mickey.

Quelques clins d'œil pour terminer :

celui de Yannick à ses collègues

celui de Motti
à Léonard le Génie de Turk et De Groot
que publiait Pif Gadget dans les années 80.


Sources :
BD Guide 2005 (éditions Omnibus),
La Fabuleuse Histoire de Pif, éditions Vaillant, 1979,
Pif Gadget, la véritable histoire, des origines à 1973, par Richard Médioni, éditions Vaillant Collector, 2003

Michel Motti par Michel Motti

Merci Francis. Merci pour tout.