mardi 28 octobre 2008

L'ambigu Herr Hansen Nolde


Groucho Marx aurait dit un jour "Jamais je ne voudrais faire partie d'un club qui m'accepterait comme membre."
Pour Emil (Hansen) Nolde (1867-1956), ce fut le problème inverse : c'est le club (et quel club !) auquel il aurait voulu adhérer qui n'a jamais voulu de lui !
"Ach ! Unmöglich !" aurait même tempêté le führer en personne lorsqu'il vit ces "déchets" présentés dans son bureau.
En effet, même son pote Goebbels (Goeb' pour les intimes) ne put rien faire pour Nolde lorsque les nazis, pour qui il avait pourtant un faible, le classèrent comme "artiste dégénéré", allant jusqu'à lui interdire de peindre en 1941, ce qui l'obligea à user de subterfuges pour réaliser son œuvre "non peinte".
"Adieu Emil, je t'aimais bien, tu sais..." lui aurait dit Joseph en prenant congé de lui. (Mmmh, faudrait tout de même que je vérifie cette information...)
Pro-nazi et dégénéré : deux fois pestiféré ! Ça la fout mal sur un C.V !

Hambourg, bateau dans le port, 1910

Bon, il parait que c'est uniquement par "opportunisme" que ce peintre, né à la frontière entre l'Allemagne et le Danemark, adhéra à l'époque, comme la plupart des concitoyens de sa région d'origine, d'ailleurs, au parti nazi...
Et puis un type qui, non seulement arrive à énerver Adolf, mais se fait en plus traiter de "grand malade" quand il peint la vie du Christ ne peut pourtant pas être foncièrement mauvais !

Danseuses aux bougies, 1912

Comment un artiste aussi créatif, (maniant aussi bien le dessin à la pointe sèche, que l'aquarelle, la peinture à l'huile, la gravure sur bois ou l'eau-forte), sensible (louant le mode de vie des indigènes de Nouvelle-Guinée, à l'époque possession allemande, où le mena un long périple), ouvert d'esprit (on pense en regardant ses œuvres à Munch, Marc, Matisse, Van Gogh, Gauguin... et même Titouan Lamazou comme le remarquait une jeune visiteuse de l'exposition !) aurait-t-il pu sinon se fourvoyer ainsi ?

Homme et femme
Des grotesques monstres nordiques (chers aux nombreux amateurs d'héroïc-fantasy passant sur ce blog) aux tournesols et apaisantes marines en passant par les gravures embrumées du port de Hambourg, les caricatures des montagnes suisses, les paysages symbolistes dignes de l'école danoise, les aquarelles "aléatoires" non-peintes, les gravures et peintures façon "arts premiers", la mise au tombeau d'un Christ cadavérique, chacun devrait trouver son compte dans la première exposition consacrée en France à Emil Nolde par les Galeries Nationales du Grand Palais jusqu'au 19 janvier 2009 (l'exposition quittera ensuite Paris pour rejoindre Montpellier).

Nus et eunuque (gardien du harem), 1912

Pour lire une véritable et passionnante analyse sur l'exposition du Grand Palais, cliquez ici.
Pour trouver des liens vers plein d'œuvres d'Emil Nolde, cliquez .

4 commentaires:

Léo Depage a dit…

Encore des nazis ! Ça commence à faire beaucoup sur ce blog.

-oo- a dit…

Sa peinture est sans ambiguïté elle. Complètement hallucinée et hallucinante.

Li-An a dit…

Je sens que je vais me farcir cette expo :-)

Raymond a dit…

Je ne connaissais pas Nolde. On n'est parfois pas très loin de Munch, mais en moins beau tout de même.