dimanche 7 avril 2013

Kája Saudek : l'inconnu du Batalion

(Le cas "Karel")

http://www.kajasaudek.cz/

 J'ai cru être victime d'une hallucination ou au mieux d'une arnaque à touristes quand, en flânant dans les rues de Prague, je suis tombé sur ce "Comics Muzeum", tout au bas de la place Vanceslas (Václavské náměstí).


Non, après vérification, je n'avais pas abusé de la Budvar : ce bar abrite bel et bien à l’étage un petit musée privé, entièrement dédié à l’œuvre de Karel-Kája-Saudek, le "roi de la BD tchèque", découvert seulement quelques jours plus tôt au musée d'art moderne.


 Si Karel Saudek reconnait l'influence de Disney, Crumb et Corben, le côté "pop", hyper-marqué "sixties/seventies" de ses planches et illustrations m'a surtout fait penser aux comics d'Al Capp, de Dave Stevens et peut-être de Dan De Carlo, mais surtout aux bandes de Georges Pichard, Jean-Claude Forest, Guido Crepax, Hugo Pratt, Serge Clerc et Denis Sire première époque et même Jamie Hewlett : visite indispensable donc, si vous êtes de passage à Prague, pour découvrir le talent de ce Kája Saudek qui n'aurait pas fait tache, ni à Métal Hurlant ni à Pilote, mais qui reste pourtant mystérieusement ignoré de mes encyclopédies... Il faut dire que la BD tchécoslovaque n'y est même pas mentionnée !











Brève bio :

Un des nombreux auto-portraits parsemant l'œuvre de Saudek

 Né en 1935, Saudek commence bien sa vie en revenant vivant d'un camp de concentration en Pologne. Plus tard, il réalise des affiches et des illustrations pour des magazines, mais c'est grâce à ses bandes un peu trop orientées à l'ouest qu'il se fait remarquer par le régime communiste. Il est interdit d'exercer et même condamné à de la prison pour pornographie : seuls les deux premiers volumes de Muriel et les anges, un grand projet de SF initialement prévu en onze volumes, verront le jour. Saudek travaille alors dans l'animation où il est plus facilement contrôlable, ce qui ne l'empêchera pas de voir son travail de nouveau censuré, et signe quelques BD, que lui commande la société de spéléologie tchécoslovaque à partir de 1979.



En 1989 éclate la révolution de velours : l'afflux de biens de consommation occidentaux sera plus efficace que la censure communiste pour rendre le travail de Saudek invisible.


 En avril 2006, alors qu'il joue avec sa petite-fille, Saudek fait une dernière fois fausse-route et est victime d'un accident vasculaire cérébral. Il est dans le coma depuis.


Pas de catalogue hélas, mais quelques cartes postales sont en vente à la librairie du musée :





Un extrait d'une encyclopédie de la BD tchèque


Quelques liens :
http://cs.wikipedia.org/wiki/K%C3%A1ja_Saudek
http://www.komiks.cz/detail.php?action=autor&id=29
http://www.comics.cz/clanky/profil-saudek.html
http://komix.kvalitne.cz/saudek.htm
http://www.jedinak.cz/stranky/txtsaudekk.html
http://kultura.idnes.cz/kreslir-kaja-saudek-bojuje-v-nemocnici-o-zivot-f4r-/vytvarne-umeni.aspx?c=A060421_482562_show_aktual_kot

lundi 1 avril 2013

Passez, muscade !


 Peu avant de sa disparition, Maurice Rosy, qui nous avait invités à venir prendre le café dans son appartement de Montparnasse, nous avait confié, preuves à l'appui, et sous réserve de ne pas ébruiter l'info, qu'une suite aux Pirates du silence avait bel et bien été prévue. Enthousiasmés, Franquin et Will avait commencé à plancher sur les pages de ce nouveau scénario, qui ramenait Spirou, Fantasio, Spip à Incognito-City, sans même penser à prévenir Monsieur Dupuis !
Visiblement vexé, ou peut-être par peur de voir le personnage emblématique de son journal lui échapper, celui-ci stoppa net le projet, priant Will et Rosy de bien vouloir retourner s'occuper de leur Tif, de leur Tondu et de leur Monsieur Choc.
Dépité, c'est en poor-lonesome dessinateur que Franquin enchaînera, dès 1956, sur un des plus beaux épisodes de la série, Le Gorille a mauvaise mine.


Profitant d'un bref instant où le vieil homme était parti chercher du sucre dans la cuisine, je dégainai mon téléphone pour prendre un cliché -pas très net- à la sauvette... Pardon, Maurice !

Le Pirate a bonne mine

 Si, ça c'est pas un scoop, les gars, c'est quoi alors ? Hein ??? Mais, chut ! Ne le répétez à personne !

Große Katastrophe

 (les joyeuses colonies de vacances)

Brebis galeuses (Gung Ho 1.1) / Von Kummant / Von Eckartsberg / Paquet / 2013

Un monde post-apocalyptique, un danger omniprésent pour l'heure encore mystérieux, des villes-colonies aux allures de Fort-Navajo, deux ados belle-gueule, rebelles et motards... Ce Brebis galeuses, premier demi-tome "Deluxe" de la nouvelle série allemande de chez Paquet, Gung Ho, a vraiment des faux airs de Jérémiah qu'un copain, grand amateur de Jessica Blandy, Bernard Prince et Michel Vaillant (le pauvre, quand-même...) m'avait fait découvrir au collège. D'ailleurs, un des jeunes héros est même surnommé Zack, du nom de la revue allemande pour laquelle Hermann avait créé sa série : probable que Benjamin von Eckartsberg a lui aussi eu des réminiscences de lectures de jeunesse en écrivant son scénario ! Bon, O.K. l'action se passe en Europe, j'ai rien dit...


Non, en fait, si j'ai craqué, c'est pour le dessin entièrement à l'ordi qui pour moi reste mystérieux. Thomy von Kummant profite de l'outil informatique pour jouer avec les couleurs et la lumière, travailler les textures et fouiller ses décors sans en abuser. A la différence de chez Hermann, le trait est ici complètement absent : pour le coup, on peut vraiment parler de couleurs "directes" !


Le grand format (28x37) de l'album est tout à fait justifié et d'ailleurs, pas sûr que tout le boulot de von Kummant ne se retrouve écrasé dans l'édition courante : Paquet prévoit en effet la série en cinq tomes annuels de quatre-vingt pages, parallèlement aux dix tomes "de luxe". Le cahier graphique est bien foutu, très riche, mais vu mon niveau, ce n'est pas lui qui me fera piger quelque chose aux mystères de la palette graphique, dommage...


Déjà difficile de juger une histoire sur un premier tome, alors sur un demi... Disons qu'en ce qui concerne le plantage de décor, c'est carrément réussi, on plonge dedans : dix sur dix pour la bande-annonce ! Gung Ho vise ouvertement un public ado et on voit bien une adaptation en jeu-vidéo. J'imagine que ça devrait aussi assez bien se prêter à une lecture sur écran (?)...
Bon, pas sûr que j'aille au bout : à 25 € le volume, 'va falloir commencer à économiser... ou faire de sérieux sacrifices.


***

A lire, une interview de Benjamin von Eckartsberg dans le n°2 ce Cmag, le magazine d'information assez bien foutu des éditions Paquet