A l'opposé des plagiats, il y a les hommages. Iconoclastes, voire irrévérencieux comme le controversé portrait de
Jijé,
Franquin et
Morris dressé l'an dernier par
Yann et
Schwartz dans
Gringos locos, ou plus sages et respectueux comme la récente visite
Dans l'atelier de Fournier par
Joub et
Nicoby.
L'un comme l'autre m'avaient laissé, pour des raisons différentes et malgré d'indéniables qualités techniques, sur ma faim :
Gringos m'avait au final énervé (beaucoup de bruit, quand ce n'était pas de la vulgarité -je n'ai toujours pas digéré ce
Gaston, la quéquette à l'air-, pour rien) et l’intérêt de
Dans l'atelier résidait finalement (pour moi qui était assez "au point" sur
Fournier) surtout dans les documents originaux reproduits en fin d'album. C'est donc dans ce contexte tendu, après beaucoup d'hésitations, que je découvrais finalement
M'sieur Maurice et la Dauphine jaune...
Ne pouvant bien évidemment recueillir les souvenirs à la source puisque
Tillieux (qui avait déjà joué un petit rôle dans
Les Avatars) est décédé en 1978,
Bruno Bazile a préféré partir d'anecdotes bien réelles, pour essayer de combler, de manière peut-être imaginaire mais toujours crédible, les trous des biographies officielles, un principe déjà expérimenté dans
Les Faussaires. Le choix parait judicieux : à quoi bon en effet répéter en BD ce que les fans connaissent par cœur, d'autant que les
interviews de
Tillieux sont peu nombreuses, et que les autres pourront
apprendre dans les ouvrages spécialisés ? Un vrai travail de scénariste, donc, et pas juste d'adaptation. L’écueil du biopic est évité.
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| M'sieur Maurice in Des Champs de fraises pour toujours/-Bazile/Veys/Dargaud-2002 |
Nous voilà donc sur la côte atlantique, notamment à Saint-Nazaire (d'où est originaire
Bazile), en vacances en famille avec
M'sieur Maurice en train de mettre au point le scénario du prochain
Gil Jourdan, à Londres, en repérage avec
Will pour la reprise de
Tif et Tondu, à la rédaction avec
Charles Dupuis,
Thierry Martens, ou à Angoulême avec
Fournier,
Franquin,
Gos,
Roba,
Walthéry*... C'est en fait à toute la BD belge que
Bazile rend hommage !
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| Les Cargos du Crépuscule |
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| L'Ombre sans corps |
Côté dessin,
Bruno Bazile réussit, en restant discret mais sans perdre non plus sa personnalité, à restituer l'ambiance des albums du maître : la promenade dans les faubourgs de Charleroi et la scène du pont transbordeur sont bluffantes. On se croirait vraiment de retour dans les années 60/70, du moins dans les pages de
Spirou et de
Risque-tout, impression renforcée par la fausse bichromie. Les clins d’œils graphiques sont nombreux et donnent envie de se replonger dans les enquêtes de
Gil Jourdan. Cette nostalgie assumée n'empêche d'ailleurs pas l'auteur de se demander comment
Tillieux/Jourdan se serait adapté aux années 80.
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| Les Camions du Diable |
L'ambiance va crescendo, avec notamment un terrifiant cauchemar de
Walthéry (le premier des admirateurs de
Tillieux), entre
Les sept boules de cristal (encore St-Nazaire !) et
Les camions du Diable, une aventure inachevée de
Marc Jaguar. On se demande pendant tout l'album si
Bazile va oser traiter l'accident de la route qui sera fatal
à
Tillieux et on retient son souffle en rentrant, si ce n'est dans le dernier virage, dans le dernier chapitre...
Un hommage simple, sincère, pudique, joyeux, parfaitement maîtrisé : une réussite !
Une interview de
Bruno Bazile :
http://pays-de-la-loire.france3.fr/2013/06/19/nantes-rencontre-avec-bruno-bazile-auteur-de-lalbum-msieur-maurice-et-la-dauphine-jaune-paru-aux-editions-treize-etrange-273371.html
(* le seul que je n'ai pas réussi à identifier, c'est ce
Bob... Fictif ?
De Groot ? Autre ???)