jeudi 3 juillet 2008

L'effet Colibri


C'est tout là-haut, là-haut, dans la tour de l'Hôtel de Ville d'Angoulême, où il s'était réfugié pour passer l'hiver au chaud, que j'ai découvert en début d'année ce merveilleux "Colibri".


A l'occasion du dernier Festival International de la Bande Dessinée, les courageux qui s'étaient lancés à l'assaut de ces escaliers exigus ont en effet pu découvrir, exposées sous les toits, les planches du premier album de Guillaume Trouillard, jeune auteur issu de l'Ecole des Beaux-Arts d'Angoulême.

L'alignement à la queue-leu-leu de ces quatre-vingts planches faisait le tour de la pièce, tel un gigantesque anaconda se mordant la queue et renforçait l'agréable sensation de vertige (à moins que ce ne fût l'altitude ?) procurée par l'intensité du rythme auquel les évènements s'enchaînent dans ce récit haletant, traité comme un énorme et unique plan-séquence par un réalisateur dément.


Du solo de batterie en pleine forêt tropicale jusqu'au chant du colibri perdu dans l'immensité de la jungle urbaine, ce cauchemar éveillé, probablement causé par une mauvaise digestion par Guillaume Trouillard de son voyage en Chine et ses mégalopoles (rassurez-vous, les flics de l'histoire sont, par contre, bien français !) , n'est qu'en apparence totalement loufoque et improvisé : Trouillard sait très bien où il veut en venir avec cette superbe fable écologiste aux vives aquarelles, aux illustrations pleine-page décoiffantes, et à l'humour à la fois absurde et très noir, totalement désespéré (il fallait oser la scène du bébé jouant avec le piège à souris) .

Même si, sur le site des Editions de la Cerise, dont Guillaume Trouillard est le fondateur, l'ouvrage est présenté comme un hommage au penseur écologiste bordelais Bernard Charbonneau (dénonciateur de la dictature de l'économie et du développement) (merci Wiki), au compositeur Moondog (connu pour avoir introduit des influences amérindiennes dans le jazz) (merci Wiki), ainsi qu'à Hayao Miyazaki (le créateur de "Nausicaä de la vallée du vent"), j'y ai personnellement trouvé des touches de Monty Python's Flying Circus (dénonciation par l'absurde des maux de notre société à travers une série de sketches accumulant les catastrophes et reliés entre eux par une espèce de "fondu enchainé"), du Mr Hulot de "Playtime" (avec ces gigantesques villes-champignons dénuées d'âme, si bien évoquées par Jacques Tati) , du "Pom Poko" de Isao Takahata (le combat des animaux, perdu d'avance, prend ici une tournure particulièrement tragique) , et même (Plan BD oblige) de Daniel Goossens avec ces bruits de fond parasites d'autant plus hilarants que désespérément plats ("Mais enfin, Rooney, vous savez bien que c'est impossible ...").




Spécial dédicace à Ingrid, enfin de retour dans notre jungle.

7 commentaires:

Li-An a dit…

Perso, je ne suis pas rentré dedans. Mais c'est bien de défendre la Cerise, Totoche.

Totoche Tannenen a dit…

C'est sûr qu'après ce billet, les ventes de "Colibri" vont certainement exploser !!! Ils ne vont pas comprendre ce qui se passe à "la Cerise" !
Tout ça parce qu'hier j'ai bouffé des raviolis aux griottes au resto géorgien !
Dingue, non ? (C'est ça, l'effet colibri.)
:-)))

vasco a dit…

C'est en ligne chez Coconino "le site qui était le plus mieux du monde" qui a l'air un peu mal portant ces derniers temps :
http://www.old-coconino.com/webdopost/webdopost_01.htm
Mais c'est certainement beaucoup plus mieux encore en version papier.01.
(mise à part la couv en pixels de maroquin rouge et motifs dorés à froid du plus bel effet !)

totoche a dit…

Oui, merci Vasco, je l'avais déjà signalé dans le "Blog de Li-An" !
Je me suis aperçu de cet oubli en éteignant l'ordi hier soir et je n'aui pas eu le courage de le rallumer. :-)
Ca prouve qu'il y en a au moins un qui lit les billets jusqu'au bout !
Je corrigerai dès que j'aurai 5 minutes.

Hobopok a dit…

Non... Non, je ne peux pas dire que je n'aime pas... Mais voilà au moins un auteur qui semble nager dans son propre aquarium, et pas en banc comme tant d'autres.

Li-An a dit…

Je suis un fervent défenseur des éditions de la Cerise qui ont le courage de vouloir faire une BD indé de grande qualité tout en restant à l'écart de leurs aînés (suivez mon regard).

Totoche Tannenen a dit…

Expo Colibri: c'est par .
ici